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23 décembre 2014

Nostalgie des Fêtes

Chaque année, je me lance corps et âme dans les décorations et la planification de Noël.
À me voir aller, plusieurs pourraient penser que Noël, c'est gigantesque chez nous.
J'ai déjà, dans une ancienne vie, connu des partys des Fêtes remplis, d'une famille nombreuse, avec les chansons, les cuillères, la bouffe à ne plus en voir la fin et les piles de manteaux.

Pourtant, Noël ici maintenant...
C'est un souper de Noël à 9 personnes.
C'est tout.
Et devinez? Je ne reçois même pas.

Je fais tout ça juste pour notre petit bonheur...
Je fais tout ça pour notre petit réveillon auquel les enfants tiennent tant, à 4...
Je fais tout ça juste pour...

Juste pour créer.
Créer des souvenirs.
Créer de la magie.
Créer des coeurs pleins d'amour.
Et oublier que je m'ennuie, chaque jour, de mes parents.

Ma mère et moi étions proches.

On m'a dit, dans le processus de deuil, que la première année était la pire.
Vrai.
On m'a aussi parfois dit qu'après, ça allait mieux.
Vrai.
Mais on m'a rarement dit que même 9 ans plus tard, j'aurais encore les yeux dans l'eau en pensant à elle.
Que le temps des Fêtes me rend nostalgique. Que ma fête me fait mal au coeur, parce qu'elle ne m'appelle plus à l'heure de ma naissance. Que tous les jours, je pense à elle. Que tous les jours, elle me manque.

Alors je me lance dans un Noël qui a des proportions de party de village pour mes deux enfants, moi et mon amoureux.
Je me lance corps et âme pour qu'ils aient les yeux qui brillent, pendant que les miens sont mouillés.
Ça me fait un peu oublier ma solitude orpheline.


12 décembre 2014

Le grand miracle..

Pour vous, c'est une date qui ne veut rien dire.

Pour deux personnes (et trois, et puis plusieurs qui s'en suivent...), ça a été le jour du grand miracle.
12 décembre 1978. Dans un hôpital de Laval. Dans une salle d'opérations, avec des médecins qui n'avaient même pas affaire là, mais qui n'en revenaient pas de ce qu'ils étaient appelés à vivre...

Une mère.
Qui avait voulu un bébé pendant 13 ans. Qui en avait adopté un. Mais qui n'en avait jamais porté.
Une mère à qui on avait dit de se faire avorter, qu'elle mettait sa vie en danger, qu'elle aurait un bébé handicapé au mieux, sinon mort.
Une mère à qui on avait refusé de donner la vie, mais qui a fait à sa tête.
Parce que 13 ans, vous savez, c'est long.
Parce que vouloir porter un enfant, pour une femme, c'est puissant.

À 40 ans, avec une évaluation approximative du stade de grossesse, ils ont choisi le 12 décembre pour la césarienne.

Le 12 du 12...

Et mes parents ont vécu le grand miracle.
Celui qu'ils n'espéraient plus.
Celui qu'on leur avait dit impossible, malgré la grossesse confirmée.

J'ai été aimée.
Pas toujours de la bonne façon par un père "malade".
Pas toujours de la bonne façon par une maman qui souffrait.
Certainement pas de la bonne façon par une grande soeur qui m'a rapidement prise comme une nuisance à son bien-être.

Mais j'ai été désirée et aimée.

Et chaque année, jusqu'à mes 27 ans, maman m'a raconté à quel point le Dr. Bielinski avait bien failli ruiner mon existence. Elle me l'a particulièrement raconté lorsque j'ai eu 24 ans, que je suis tombée enceinte (tellement plus facilement qu'elle), et que ce même docteur a suivi ma grossesse sans complication. Elle avait envie de lui envoyer en plein visage, ma vie qui se poursuivait, grâce à ELLE.

Papa me l'a rappelée jusqu'à mes 34 ans... Mon miracle, mon plus beau cadeau, ma plus grande fierté me disait-il toujours.

Même sur son lit de mort. Il m'a dit qu'il avait eu une vie difficile, mais qu'il la considérait heureuse. 90% grâce à moi.

C'est énorme hein.
Mais c'est l'effet que ça fait, un miracle, je crois.

Merci maman et papa de m'avoir donné une chance. D'avoir cru en moi. De m'avoir aimée avant même que j'existe, assez pour tout risquer.

Vous êtes ce qui a fait battre mon coeur et ce qui a permis à d'autres de battre aussi.

Ce que je m'ennuie de leur présence...........

30 mai 2014

Pas un héros.

Ce texte-ci: http://www.yoopa.ca/blogueurs/billet/mon-pere-na-jamais-ete-mon-heros#.U4iJMFmDWZs.facebook , de mon amie Julie, m'a inspiré ce billet-ci.

Le texte est touchant, il est vrai, il est dur et tendre à la fois. Mais c'est le titre qui m'a accrochée.

On s'apprête à fêter la fête des pères, et encore plus, je m'apprête à vivre le premier anniversaire du décès du mien. Le 2 juin.

L'an passé, ça m'a frappée, la fête des pères. Parce que maintenant, je ne suis que spectatrice. À la fête des mères, au moins, j'y gagne du réconfort, étant moi-même fêtée. Mais pas à la fête des pères.

Je pense souvent à mon père. Pratiquement tous les jours, je dirais, j'ai au moins une pensée pour lui.

Et pourtant, tout comme le billet sur Yoopa, mon père n'a jamais été mon héros.
Oh bien sûr, peut-être un peu, toute petite, dans la naïveté et dans l'amour inconditionnel qu'une fillette porte à son père.

Mon père n'était pas une personne facile à vivre, il n'était pas quelqu'un de facilement appréciable.
Alcoolique avec des habiletés sociales bien en deçà de la moyenne des gens, une tendance à la violence, une capacité d'écoute quasi-inexistante et une aversion pour tous les gens qui ne partageaient pas les mêmes intérêts que lui, il n'était généralement pas quelqu'un que l'on cherchait à côtoyer. Il était aussi maniaco-dépressif, ce n'est pas de tout repos, ça. Quelques tentatives de suicide, des épisodes dépressifs et des épisodes maniaques, qui se succèdent parfois très rapidement, surtout dans les dernières années...

Sur son lit de mort, à la fin mai, il me donnait des listes de noms. Des gens qu'il a connus, son frère, sa fille, son meilleur ami... Vous savez combien de personnes sont venues le visiter? Deux. Mon parrain et ma marraine. Malgré le fait qu'ils ne l'avaient pas vus depuis des années.

Aucun de ses chums de taverne n'a versé de larme ou tenté de venir exprimer ses sympathies. Aucun vieux collègue n'a cherché à le recontacter. Aucun membre de la famille de ma mère n'a répondu à ses demandes ou n'a manifesté d'empathie (sauf une cousine, des semaines après sa mort, d'un courriel un peu impersonnel...)... Les carnets de numéros de téléphone qu'il me donnait ou me demandait d'aller chercher dans son appartement contenaient des numéros qui n'existaient plus, qui ne menaient plus nulle part. Sa propre fille a appris son décès un mois et demi plus tard.

Il est mort seul, avec moi.

Je n'ai pas été capable de le laisser mourir seul.

Pourtant, j'avais bien laissé ma mère quelques heures, pour m'occuper de mon bébé, quand elle a décidé de partir. Elle qui n'a jamais failli à sa tâche de mère.

Je n'ai pas quitté le chevet de mon père les 3 derniers jours avant sa mort et j'y suis allée quotidiennement pendant des semaines.

Je l'ai lavé. Je l'ai changé. Je l'ai recouché alors qu'il tentait de se sauver. Je l'ai écouté m'engueuler car je n'avais pas encore fait déménager ses bibliothèques de livres à l'hôpital. Je l'ai écouté me lister des noms de gens que je devais retrouver.

Mon père est mort, quasi seul. Parce qu'il a créé cette solitude autour de lui.

Il n'a été le héros de personne.

C'est dur de l'écrire, mais mon père n'était pas un être humain agréable, de façon générale.

J'ai bien sûr quelques souvenirs de lui, des bons même...

Mais n'est-ce pas là la seule beauté des départs? On ne se rappelle presque que du positif.

Pourtant, entre moi et mon père, il y en a eu, du négatif.

Il n'a pas été mon héros, et pourtant, il a si souvent écrit à quel point j'étais le plus merveilleux bonheur de sa vie. Il a toujours eu tant de misère à accorder ses actes avec ses écrits.

Il a passé ses derniers jours dans un état semi-comateux, puis comateux. Juste avant de sombrer pour de bon dans un coma muet, les derniers mots qu'il m'a dit ont été "je t'aime, mon miracle".

Non, mon père n'était pas mon héros. Il a même souvent été mon fardeau.
Malgré tout, il a été celui qui m'a aimée inconditionnellement dès le premier jour de mon existence. Il a été mon père. Ni grandiose, ni remarquable, mais le seul que j'avais.



28 novembre 2013

Je sais pourquoi...

Je sais maintenant pourquoi, mais je ne sais toujours pas comment..

Mais, je sais quand.

Je sais quand mon père est mort. Quand il a pris son dernier souffle, puis s'en est allé.
Je le sais, j'étais près de lui et je tenais sa main.
Je me suis demandé s'il était vraiment parti. Mais le souffle suivant n'est jamais venu.
Sa main était encore chaude. Son coeur ne battait plus.

J'ai assisté à sa mort, alors qu'il a si peu assisté à ma vie.

Puis, la mort a fait moins mal.
Parce que la mort est un événement. Ça arrive en un souffle. Un battement de coeur et puis c'est là.

Il est mort. Il le sera toujours.
La douleur du moment a semblé avoir passé.

Puis, les jours, les semaines, les mois se sont réinstallés entre lui et moi.

Il est mort une seconde fois en juillet (voir ici ) puis, encore une fois, le temps s'est réinstallé.

Puis, un rappel. Très froid, très inhumain.
Une voix dans ma tête. "Vous avez six mois à partir de la date du décès pour accepter ou refuser une succession, au-delà de quoi vous en êtes automatiquement responsable."

Mais je l'ai repoussée. La mort avait fait mal. Je ne voulais pas y penser.

De temps en temps, ici et là, j'ai sorti des papiers. Je me suis même lancée à faire un ou deux téléphones, ici et là. Puis j'ai tout refermé.
Il est mort, c'est tout.

J'ai repoussé, oublié, repoussé, angoissé, puis j'ai compris.
J'ai compris, parce que six mois, c'est lundi prochain.

Quand l'horloge a sonné dans ma tête, elle sonnait comme la mort.

Contrairement à ce que mon amoureux me disait, je n'avais pas réglé ça rapidement pour passer à autre chose.

J'ai laissé traîner. Parce que pendant ce temps, le temps existait encore, quelque chose me liait à lui, à sa mort. Et sa mort me faisait mal. Alors j'ai laissé sa mort de côté et j'ai vécu.

Jusqu'à aujourd'hui.
J'ai écouté la notaire. J'ai entendu mon nom. Son nom. Des dates. J'ai vu son visage, dans ma tête. Ses yeux pleins d'eau qui me disaient, de son lit d'hôpital "je ne voudrais tellement pas que tu aies des problèmes avec tout ça"...

Je sais pourquoi c'est si difficile. Et pourquoi ça a pris six mois avant que je ne règle sa mort.

Mon père n'était pas présent dans mon quotidien. Nous n'étions pas aussi proches que je l'étais de ma mère. Il m'aimait et j'ai toujours été chère à ses yeux, mais nos contacts "en personne" étaient rares. Quelques fois par année, avec un appel par semaine, parfois aux deux semaines.

Si je calcule ça, six mois, c'est environ 2 visites. Environ 18-20 appels.

Avec maman, ça représentait moins de trois semaines.
Avec papa, ça représente six mois.

Son absence dans ma vie est moins flagrante. Mais le vide s'étire. Et c'est comme si j'oubliais qu'il ne rappellera pas. Que ça ne me servira à rien de composer son numéro de téléphone mardi prochain, pour lui souhaiter bonne fête. Qu'il n'appellera pas dans 2 semaines pour me chanter "joyeux anniversaire" et me dire que le jour de ma naissance a été le plus beau jour de sa vie. Qu'il ne viendra pas regarder vivre ses petits-enfants, dans le temps des Fêtes. Qu'on ne parlera pas de maman, ensemble pendant de longues minutes, la veille du Jour de l'An, pour "célébrer" le jour de son départ de nos vies.

J'ai signé mon deuil, cet après-midi.
Et puis, j'ai constaté que tout ce qui me lie à lui, ce sont des souvenirs.
Pas tous heureux, mais c'était nous.

Je sais maintenant pourquoi j'ai attendu. Mais je ne sais toujours pas comment vivre l'absence.
Je pleure toujours celle de maman, bientôt huit ans plus tard.
Mais malgré tout, c'était réconfortant de la partager encore avec mon père, aussi.

Ce décembre me semble bien gris, avec son anniversaire, le mien, le temps des Fêtes et la mort de ma mère.

Mais vous savez la toute dernière chose qu'il m'a dit, quatre jours avant sa mort, tout juste avant de s'endormir après ma visite à l'hôpital.

"Moi aussi j't'aime."


14 septembre 2013

Des fois, le chiro, ça fait mal...

Suite à une visite chez le chiro (qui se répétera, qui est accompagnée d'une médication pour plusieurs mois et d'un malaise qui ne finit plus de ne pas finir et qui est un peu inquiétant, en attente d'une résonnance magnétique... bref.. ma santé a déjà été mieux!!), j'ai encore eu un coup de poing de la vie.

Ce n'est pas le traitement de ma chiro qui m'a fait mal, loin de là.
C'est la constatation que "ce genre de moment" va arriver, quelques fois, et que chaque fois, ce sera comme un rappel à l'ordre.

-Grande fille, tu as 34 ans et tu es orpheline.

Ma chiro, en me montrant mes radiographies, me parle de ma colonne, qui est mal alignée au niveau du cou. Les raisons peuvent être un paquet d'affaires... Difficile de savoir... Mais celle qui m'a marquée, c'est:

-"Peut-être que bébé, tu n'as pas marché à 4 pattes et bien levé ta tête, c'est comme ça que se forme notre S de colonne... Ça arrive que ça se fait pas bien quand tout petit, on ne marche pas à 4 pattes, par exemple..."

Bang.

On s'en fout, vous me direz. Parce que peu importe la raison, le résultat est le même, j'ai le cou croche (et les hanches aussi!)...
Mais...

Bang.
Je ne peux pas aller valider.
Je n'ai plus de repère.

Mon "quand j'étais petite" n'appartient plus à personne, maintenant.
Personne pour se rappeler, les yeux pleins d'eau, mes premiers pas.
Personne pour se souvenir que je détestais le brocoli ou que j'adorais les poires.
Personne pour me dire si j'ai marché ou non à 4 pattes...

Maudit deuil qui fait mal, des fois, quand on ne s'y attend pas.

J'ai 34 ans, je suis orpheline.
Je suis un paquet d'autres trucs, aussi. Mais il me semble que ma vie a raccourci, depuis que plus personne ne peut se souvenir avec tendresse de mes premières années de vie. Il y a un trou.



23 juillet 2013

Avec le temps va, tout s'en va...

Connaissez-vous cette chanson?
http://www.youtube.com/watch?v=jfoV7Ti_ON0

C'était une des chansons préférées de mon père.
Une de ces chansons qui le mettaient à l'envers, qui venaient le chercher jusque dans les tripes.
Une chanson de mots, une chanson de voix qui nous prend au coeur.

Avec le temps... tout s'évanouit.

Mais pas cette passion pour les mots qu'il m'a transmis.

Sauf que, contrairement à Léo Ferré, je ne trouve pas toujours les bons mots.
Parce que le temps, parfois, n'est pas l'ami des mots qu'on n'a pas encore dit.
Je les ai cherchés, ce matin. Parce que "papa est mort" n'était pas suffisant.

Aujourd'hui, papa est mort.
Tout comme le 2 juin.
Mais cette fois, plutôt que de mourir paisiblement, il est mort à grands fracas.
Il est mort, comme lorsqu'on meurt subitement d'un accident d'automobile ou d'une crise cardiaque.
Il est mort, sous ses cris étouffés, ses larmes et sa colère refoulée.
Il me manque, maintenant plus que jamais.
Mon monde n'est plus le même et pourtant, j'y flotte doucement.
Elle a été submergée par une énorme vague.

Il est mort à mes côtés, le 2 juin, à 14h40.
Il est mort, si loin d'elle, le 23 juillet, à 11h45.

Mon père est mort en juin.
Le père de ma soeur est mort en juillet.

Avec le temps va, tout s'en va..
On oublie le visage et on oublie la voix..
Le coeur, quand ça bat plus..
C'est pas la peine d'aller chercher plus loin...
Faut laisser faire et c'est très bien...

Ses larmes, ce ne sont pas les miennes.
Son deuil, par contre, je le vis aussi.

Ce matin, j'ai dit "papa est mort", sans utiliser "mon" devant le mot papa.
Parce que la seule personne avec qui je partageais cet homme était au bout du fil.
Parce que "mon" papa, c'est "ton" papa, "son" papa.
Je ne me le suis pas approprié, pour une fois.

Au moment de dire "papa est mort", ce deuil ne m'appartenait plus uniquement.
Il n'y a plus juste moi qui pleure "mon" papa. Nous sommes deux.
Et pourtant, elle restera seule avec son deuil. Et moi avec le mien.

Notre papa est mort.

Je suis désolée, papa.
Ton plus grand rêve était de nous voir réunies.
Nous sommes maintenant à mille lieux, même si pendant une quinzaine de minutes, ce matin, le monde n'existait plus que par toi.
Tu resteras toujours le dernier pont entre moi et elle.
Je suis désolée papa.
Tes filles te pleurent, maintenant. Mais chacune dans son propre monde.

Elle est pour moi la fille de notre père. Tu aurais voulu qu'elle redevienne ma soeur.
Je suis désolée, papa.
Je ne t'en aime pas moins.
Mais je n'ai pas trouvé les mots que tu aurais aimé que je lui dise...

Avec le temps ...
Avec le temps va, tout s'en va...
Avec le temps, va, tout va bien...






17 juin 2013

Je n'en ai pas parlé...

Je ne vous ai pas parlé de la fête des Pères...
C'était hier.
Mais pourtant, c'était il y a si longtemps.

Un temps où je bricolais une carte.
Un temps où je dessinais moi aussi une cravate, alors que je trouvais que celles que portaient mon père ne fitaient jamais avec ses vêtements.
Un temps où j'achetais .. je ne sais même plus quoi.

Hier, j'ai regardé les enfants célébrer leur papa.
Détachée.
Contrairement aux autres années.

J'ai choisi un excellent papa pour mes enfants. Chaque jour, je suis excessivement fière et heureuse d'être embarquée sur ce bateau avec lui. Dans 10-20-40 ans, mes enfants pourront jeter un regard positif et tendre sur le père qu'ils ont eu.

Je n'ai jamais fêté fort ces "jours spéciaux". Parce que ça, ça se fête à l'année. Parce qu'un père (ou une mère), c'est de service 365 jours par année. 24h sur 24. Je souligne évidemment ce jour spécial, mais j'ai toujours trouvé que c'était la qualité à l'année qui comptait.

Hier, c'était la fête des pères.
Hier, je n'avais plus de père.

Je suis orpheline.
De père et de mère.

Avant-hier, j'ai passé la nuit à marcher pour eux et pour tous ceux qui se sont battus, se battent ou se battront contre le cancer.


J'ai marché parce que depuis 2 semaines, le soleil se lève chaque matin et je tente de faire comme si la vie continue.
Parce que la fête des pères est arrivée, parce que toutes les compagnies nous ont attaqués de publicités pour ci et ça pour papa, parce que les enfants ont tous bricolé quelque chose pour leur papa chéri.

Moi, pour mon papa, j'ai marché.
Et pour maman aussi.

Et quand j'ai allumé leur lampion, quand j'ai vu leurs deux noms, j'ai su.
Ils étaient réunis, j'étais seule.

Je ne fêterai plus mon père, ni ma mère.
Je célèbrerai par contre chaque année leur mémoire. Je donnerai tout ce que j'ai pour cette cause. Pour que mes enfants puissent me célébrer longtemps.

Bonne fête des pères, papa.
Pas parce que tu étais le meilleur, ni parfait, ni exceptionnel.
Parce que tu étais le mien.


12 juin 2013

Comme toujours, mais plus jamais...

Comme toujours, c'est moi qui ai dû aller te chercher...
Il y a si longtemps que tu n'as plus de voiture, je l'ai fait encore et encore, le taxi, avec toi...

Je suis allée te chercher pour te ramener à la maison.

Mais cette fois, contrairement aux autres, tu n'as pas rechigné sur la date, ni sur l'heure.
Contrairement aux autres fois, tu n'as pas tenté de me convaincre que tu connaissais un chemin plus rapide...
Contrairement à toutes les dernières fois, tu n'es pas fatigué ou tanné, après une heure chez moi...

Comme toujours, les enfants t'ont fait un bel accueil.
Les chiens t'ont même senti...
Il y a de ces futilités qui ne changent pas, tu sais...

Mais plus jamais je n'irai te reconduire chez toi, après t'avoir reçu à dîner...
Plus jamais tu me diras que tu t'ennuies de nous, que tu aimerais voir les enfants, que tu apprécies de voir mon chum...

Tu t'es installé chez nous, de façon permanente et pourtant, je n'ai pas hâte que la visite parte.

Raphaël a demandé de t'installer au salon, bien en haut de l'étagère.
Mélina m'a dit qu'elle ferait des fleurs, pour toi.
Raphaël aimerait te voir, encore.

Et moi, je réalise que ton nom, c'est sur un livre à la librairie que j'aurais aimé le lire.
Pas sur cette boîte de bois.


9 juin 2013

Cher papa..

Cher papa,

Je me disais justement qu'il y avait déjà une semaine que je n'avais pas eu de tes nouvelles..

Tu es bien rendu à destination? Dis-moi, tu ne m'avais même pas dit où tu allais, avant de partir...
C'est beau, là-bas? Il fait chaud comme ici, aujourd'hui?
Après quelques jours de pluie, revoici enfin le soleil, dans ma campagne.
Les enfants achèvent leur année scolaire, ils travaillent fort et sont fatigués, mais tu serais bien fier d'eux.

Dis, tu rejoignais maman, là-bas? Tu l'as retrouvée?
J'ai entendu dire qu'il y avait foule dans ce petit coin de paradis, le paysage est apparemment sublime. Si tu ne la trouves pas, profites-en pour faire le touriste un peu, en attendant. Je suis certaine que tu la trouveras bientôt, entourée d'une gang de madames à placoter, tu sais bien!

Tu es parti bien vite, tu m'as laissé pas mal de ménage à faire dans ta paperasse. Tu as même oublié ton passeport et tes cartes importantes. On m'a tout remis, je me demande bien quoi faire avec.

Tu m'as laissé beaucoup d'ouvrage à faire, pour bien organiser ton voyage. Mais c'est souvent comme ça pour ceux qui restent.

Une chance que tu m'as attendu pour prendre l'avion, je n'aurais pas pu te dire au revoir.
Mais je n'ai jamais aimé les départs, les adieux. J'aime encore moins les derniers souffles.

Je sais bien que tu ne m'enverras pas de carte postale, ni de photos, pas même de courriel pour me dire que tout va bien.
Le téléphone s'est tu, ce weekend, toi qui appelais toujours le samedi ou le dimanche matin autour de 9h.
Ça ne répond plus à ton numéro.
Je peux bien t'envoyer cette lettre, elle se rendra à destination, mais ne sera lue par personne.
Toi qui aimais les mots, ils ne passent maintenant plus entre toi et moi.

Il n'y a que 7 jours que tu es parti et pourtant, ça me semble déjà une éternité.

Il n'y a rien de neuf pour nous, papa, comme chaque fois ou presque qu'on se téléphonait.
Rien de neuf, sauf ton absence. Sauf un jour de plus à vivre, orpheline.
Et pourtant, il s'est passé quelques jours où on dirait que j'avais oublié. Quelques jours où tout ça me semblait un bien mauvais rêve. Quelques jours où la vie a continué.

Et c'est comme ça que ça devra aller. Parce que le téléphone ne sonne plus. Parce que mes mots n'ont pas de réponse. Parce que ton verbe et tes mots d'amour ne se rendent plus à mes oreilles.
La vie va continuer.

À la prochaine, papa.
Ta fille, ta Loreli.

P.S. As-tu fait mon message à maman? Je suis presque jalouse, je m'ennuie tellement d'elle. Profites-en pour moi. Et dis-lui que ça va aller. La vie continue. Ça finira par aller. xx

4 juin 2013

Partir, par l'autoroute.

Si vous demandez à mon chum comment il trouve son beau-père, il vous dira qu'il était spécial, très certainement. Qu'il fallait apprendre à le connaître pour comprendre un peu.
Parce que voyez-vous, mon père, une des premières fois qu'il a vu mon amoureux, ils jasaient de "route", et quand mon chum a dit "non je prends l'autoroute pour aller là", mon père lui a répondu: "ah oui, c'est l'fun ça l'autoroute... Tu sais.. Ça va vite et tu peux aller partout..."

Mon amoureux s'est demandé si mon père venait VRAIMENT de lui expliquer à quoi sert l'autoroute.
Avec les années, il a compris que c'était sa façon de rentrer en contact avec les gens.

Mais la blague de l'autoroute est restée.

Je ne sais pas si mon père aimait conduire. Je me souviens avoir toujours trouvé qu'il conduisait lentement, même trop, parce que rouler à 70 sur l'autoroute, justement, ça peut être dangereux!

Je me souviens qu'il ne déneigeait pas bien sa voiture l'hiver, ce qui fait que moi et mon amie Joanie, on préférait marcher dans la tempête pour se rendre à l'école que de se promener en igloo-mobile.

Je me souviens aussi qu'il trouvait ça TRÈS loin aller dans la famille de ma mère. Pourtant, la route prenait environ 1h15.

Il a dû en faire sacrer, des gens, assis dans sa voiture, sur l'autoroute ou ailleurs. Parce qu'il changeait de voie sans mettre son clignotant, il coupait des gens, il ne roulait pas assez vite ...

Heureusement, il avait d'autres qualités (ET c'était souvent ma mère qui allait me reconduire chez mes amis ou autres...).

Dimanche matin, après un court dodo de 3h sur le divan de mon amie, elle m'a demandé:
"C'est quoi ton souvenir le plus positif de ton père?"

J'ai réfléchi un peu.
Le premier qui m'est venu à l'esprit n'est évidemment pas sa conduite, mais les parties de "balle" qu'on faisait dans la cour. C'était un des rares moments qu'il me consacrait entièrement. Mon père était un joueur de balle-molle et il se pratiquait avec moi. J'ai eu des bleus sur les mollets, j'ai eu mal aux épaules, mais j'aimais sa présence. Il n'était pas ailleurs.

Mon amie connaissait mon père depuis toujours, parce qu'on a grandi ensemble depuis nos premiers mois. Elle sait que mon père n'a pas nécessairement été le père parfait, le père rêvé, le père présent et impliqué qui marque la vie d'une jeune fille. Mais sa question était pertinente.

Il n'est plus le temps de faire son procès.
Il a eu d'immenses défauts.
Mais.. j'arrive à me rappeler de bons moments.
J'arrive à apprécier un peu de Jacques Brel ou de Brassens, parce que ça me fait penser à lui.
J'arrive à me souvenir que si j'aime tant lire, c'est grâce à lui.
Si je ne dis pas des "si" avec des "rais", c'est aussi grâce à lui, parce qu'il adorait la langue française.
Si j'ai tant de belles photos de moi, lorsque j'étais petite, c'est qu'il adorait la photographie.
Mais aussi, parce qu'il adorait le modèle devant sa caméra.

Parce qu'il me l'a tellement dit, je sais que j'étais terriblement précieuse pour lui.
Il m'a écrit de doux poèmes, a posé un regard infiniment fier sur moi.

La phrase fétiche de papa, c'était "j't'aime pas, j't'haïs pas, j't'adore!!"
Il n'a pas su toujours bien me le montrer, mais je sais que j'étais ce qu'il avait de plus précieux au monde. Il n'a juste pas toujours su comment...

Samedi, alors qu'il ne répondait plus à aucun stimuli, il serrait encore ma main. Et lorsque ma main quittait la sienne, son bras se levait, en tremblant, à la recherche de son repère. Parce que j'étais tout ce qui lui restait. Et que rendus là, dans une vie, le passé ne compte plus et le futur n'existe plus.
On est ici, maintenant. Ensemble.

Je ne sais pas s'il a pris l'autoroute, pour quitter sa vie.
Il est resté plusieurs jours sur la voie de service avant de se décider.
Mais il a fini par prendre ce chemin. Comme l'autoroute, possible que ça aille vite. Et ça mène partout. Mais on ne choisit pas la destination. Parce que c'est celle au bout du chemin qui nous attend.
Et que si on regarde derrière, c'est bien d'y voir des bouts d'autoroute entre Terrebonne et Drummondville, mais aussi de chemins de campagne près de la Beauce, de routes sur le bord du fleuve à Montréal, de rues de banlieue sur l'Ile Saint-Jean, de pistes cyclables près de la Rivière des Mille-Iles, de chemins de gravier sur l'Ile des Moulins, de boulevards à Sherbrooke et de ruelles à Montréal.

Il m'a dit avoir eu une belle vie. Son calcul s'est avéré positif, lorsqu'il a fait l'inventaire du bon et du mauvais.
Il m'a aussi dit que 75% de son bon venait de moi. Ma mère et son travail passé y étaient pour le reste.

Papa est parti, le 2 juin 2013, à 14h40.
En ma présence.
Je l'ai embrassé, je lui ai souhaité bon voyage et lui ai dit que je l'aimais.
Parce que malgré tout ce que l'homme était, c'était mon père. Et je l'aimais de tout mon coeur.

Merci papa, d'avoir fait de moi qui je suis aujourd'hui.
On n'était peut-être pas aussi proches que tu l'aurais souhaité, mais je porte en moi ta vie, tes yeux verts, ta folie, ton amour des livres et du français, ton talent pour écrire, ta sensibilité, ta franchise, ton caractère...

Je t'aime, papa. Mais je sais que tu le savais. xx


19 mai 2013

La faiblesse du géant

Il n'aura probablement jamais été, à mes yeux le plus fort.
Le plus grand? Peut-être. Parce qu'avec plus d'un pied de plus que ma mère, il me semblait un géant.
Mais un géant fragile, un géant imprévisible, un géant qui pleure ou qui crie.

Un géant qu'on ne voyait pas souvent.
Il travaillait à Montréal, on demeurait en banlieue. Maman était à la maison avec moi et lui revenait pour le souper.
Petite, je me rappelle que mon chien le guettait en haut de l'escalier d'entrée, environ 10 minutes avant son retour.
La vie d'un fonctionnaire avait cela de prévisible, son horaire était bien réglé.

Je me souviens bien avoir fait quelques activités avec lui.
Se lancer la balle dans la cour, au-dessus du fil électrique, avec ma grosse mite, était sans aucun doute ma préférée. Pour le reste, il y avait ma mère.

Il était exigeant. Il attendait que son repas soit servi avant de venir s'asseoir à table. Il ne participait pas aux tâches de la maison. Il ne s'impliquait pas dans ma vie scolaire. Mais je savais qu'un jour, alors que j'aurais à étudier du Beaudelaire ou à parler de la vie d'un artiste québécois, il serait là pour me proposer un de ses livres.

Ce géant était plutôt solitaire. Un géant parmi un monde plus petit que lui.
Je réalise que bien souvent, dans sa tête, c'est ainsi qu'il les voyait, les autres.
Il était marginal, à sa façon. À sa façon de penser, de parler, sa façon de voir la vie, d'écouter la musique, de faire face au changement. Socialement parlant, il était à part. Mais lorsqu'il jouait à la balle-molle avec ses chums de balle, je le voyais comme un des leurs.

Aujourd'hui, le géant doit se plier pour rentrer de tout son long dans un lit prévu pour les autres.
Il doit accepter le fait qu'il est maintenant un parmi tant d'autres.
Plus de place pour la marginalité. Ton repas arrive en même temps que celui des autres et tes demandes spéciales ne passent pas avant celles de personne.

Ce géant réalise, peu à peu, que sa marginalité ou sa douleur de vivre auront pris beaucoup de place dans les dernières années. Des chums de taverne, ça ne vient pas te visiter à l'hôpital quand tu es sur ton lit de mort.

Ce géant réalise aussi que sa fille ne sera jamais une de celles qui se plie à ses volontés. Ce qu'il l'a trouvée rebelle, cette jeune fille, alors qu'adolescente, plutôt que de mettre son assiette sur la table à l'heure du souper, elle la lui laissait sur le comptoir et allait elle-même s'asseoir à table pour l'obliger à aller se servir lui-même. Ce qu'elle paraissait effrontée, cette jeune femme qui tentait de convaincre sa mère de cesser de se lever pour préparer un repas au géant, alors qu'il revenait du bar à minuit le soir en réclamant ses vivres.

Ce géant ne peut maintenant compter que sur elle. Et elle, elle n'est qu'une femme parmi toutes les autres. Pas une géante. Pas une pieuvre.

Le géant, de par sa marginalité, n'a pas toujours écouté ce que plus petit avait à dire.
Ce géant ne sait pas que la prunelle des yeux de sa propre fille est autiste. Il n'a aucune idée de ce qu'elle vit au quotidien.
Et dans sa faiblesse, du fond d'un lit d'hôpital, il se permet encore d'être exigeant.
Mais la plus petite que soi, même si elle tente de soutenir le géant, ne peut plus faire grand chose pour changer la vie qu'il a mené.

Il se dira peut-être qu'elle se rebellera jusqu'à la fin, à ne pas céder à ses moindres caprices et à lui refuser certaines choses qui sortent des limites du possible et du raisonnable.

Parce qu'on a beau dire que les dernières volontés sont la moindre des choses, il n'y a que pour le condamné à la chaise électrique ou le fils de Dieu que ça a semblé être une évidence.
Pour le géant, dans sa faiblesse, c'est plutôt une fatalité qu'il doit remettre dans les mains que plus petit que lui.

Et mes mains sont pleines.
Et que ma fatalité, c'est que mon père va mourir bientôt.
Ça tombe de haut, un géant.