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17 janvier 2016

2016...

Chaque année, je me trouve un mot-phare, plutôt qu'une résolution.

Cette année, je croyais l'avoir trouvé, mais pour une raison que j'ignorais, j'hésitais à le partager.
Le mot choisi était "changement".

Il se justifiait bien dans plusieurs sphères de ma vie, mais en même temps, dans certaines d'entre elles, je n'avais pas le contrôle sur le dit changement. Le but de mon mot phare étant de me guider et non de s'imposer, je ne l'aimais donc pas assez pour le choisir officiellement.

J'ai laissé passer les premiers jours de janvier. Parce qu'après tout, 2016 a 366 jours, je pouvais bien me permettre d'en permettre 15-20 pour mieux réfléchir.

Et voilà, cette réflexion a elle-même amené mon mot.

-RALENTIR-.

Pourquoi vouloir tout faire rapidement? Pourquoi vouloir bousculer les choses?

Du temps, je n'en manque pas. Sauf quand je veux tout faire et tout faire maintenant.

Je réalise que je veux me dépêcher même dans les choses plaisantes.
Faire le souper rapidement, c'est être efficace? Faire la vaisselle en même temps que les leçons, classer mes recettes de la semaine en écoutant une émission et en sautant les publicités, c'est rentabiliser mon temps? Faire l'épicerie au pas de course en oubliant de regarder les tablettes que je ne regarde jamais, c'est rapide? Régler des rendez-vous téléphoniques en brassant ma sauce béchamel, c'est vraiment sauver des minutes précieuses?

Peut-être oui. Mais tout ça amène un stress. Un stress de performance.

Je me suis rendue compte que je me pressais même à me forcer à lire, parce qu'après tout c'est l'hiver et je peux passer l'après-midi à lire sans culpabilité... Non? Bien sûr, pendant que je lis, je dois m'occuper du lavage et partir la soupe et chercher un dessert et faire la liste des courses de la semaine et répondre à deux courriels.... Mais je lis. Parce que l'hiver va passer...

SUFFIT!

Pas de presse. J'ai un horaire à temps partiel, ce qui signifie que je termine tôt tous les après-midis. J'ai un peu de temps pour arrêter à l'épicerie et faire des choix judicieux. La laveuse n'a pas besoin de fonctionner dès que je mets les pieds dans la maison. Les leçons, je peux m'en occuper assise à table avec les enfants, un bon thé chaud à la main.

Je fais les choses au fur et à mesure depuis quelques jours, sans me presser. Bien sûr, parfois je réalise que j'ai passé tout mon samedi aux tâches pour me libérer. Mais je n'ai pas couru. Et je ne courrai pas dans la semaine, parce que mon lavage est à jour et le ramassage aussi.

Mon objectif ultime? Consacrer 15 minutes intensives (mais relaxes) au ramassage quotidien en bonus aux tâches que je fais déjà.
15 minutes AVEC les enfants, ça peut inclure un paquet de tâches qui me libèreront du temps pour profiter, éventuellement.

Mais je veux profiter de ce que je fais. Profiter de préparer un bon repas sans devoir penser à tout le reste que je tentais de faire en même temps.

Une journée a 24 heures. 1440 minutes. Je profiterai de ce que je fais à chacune d'elle. Lentement.

1 janvier 2016

2015... 2016... 2005...

365 jours par année, 10 ans...

10 ans, c'est court. Mon petit homme a 10 ans, a encore eu les yeux brillants de recevoir un toutou chien et m'a fait des cartes de Noël avec des coeurs et des bisous.

C'est court, 10 ans.

C'est plus que le quart de ma vie, mais à peine.

10 ans, c'est l'âge où lentement, on entre dans la période où nos amis prennent plus de place que nos parents.

10 ans, c'est le nombre d'années où j'ai dû apprendre à vivre sans ma maman.

Dix. Et c'est comme si c'était hier.

Parce que dix ans, c'est encore moins que le nombre d'années que j'ai eu avec elle. Mais ce sont des années importantes. Elle a manqué ses petits-enfants qui grandissent (son petit fils avait 8 mois et sa petite fille avait 2 ans). Elle m'a surtout manqué chaque jour, depuis dix ans.

Chaque fin d'année, le 31 décembre, j'ai l'impression de lire la dernière page d'un livre. Le lendemain, on a la permission d'en commencer un nouveau, si on n'a pas aimé l'histoire. Malheureusement, on a  tout de même peu de contrôle sur l'histoire en général, mais on peut influencer une partie de l'action.
Chacun de mes dix derniers livres s'est terminé sur la même phrase, à 14h le 31 décembre. Maman, tu me manques.

L'année 2015 a été une année sous le signe de la maladie.
Malgré le sentiment que ça a été une année de "m**de", je peux tout de même célébrer le fait que je suis encore en vie. J'y ai survécu.
Je réalise que chaque 1er janvier, on ne sait pas si c'est la dernière année qu'on commence. On ne sait pas si on en verra la fin.
Ma mère, en 2005, a décidé de quitter le 31 décembre. Pas en 2006. Elle n'a pas traversé le pont.
Il y a eu un moment, que j'ai réalisé après, où j'ai failli ne pas connaître 2016.

Honnêtement, je ne sais pas ce que 2016 me réserve. Bon ou mauvais, je suis juste heureuse d'avoir la chance de voir ce qui m'attend.

Je ne prends pas de résolution, mais je choisis un mot-phare, comme chaque an depuis longtemps.

2016=changement.

Ce qui changera? On verra. Le changement n'a pas besoin d'être drastique. Mais ma vie a besoin d'un nouveau chemin.

Souhaitons-moi maintenant d'être inspirée et de trouver la voie.

Bonne année!

2 septembre 2015

Anémie, agonie et compagnie (part 2)

Ou le récit d'une année de "marde" (désolée!!)
Récit de problèmes de santé. Je me dis qu'avoir tant googlé dans les derniers mois, un jour, ce sera peut-être utile à quelqu'un.




L'endométrectomie http://www.igogyneco.com/activites-medicales/pathologies-gynecologiques/hysteroscopie/indications-de-lhysteroscopie-operatoi-3 est prévue pour le début mai.
Opération d'un jour. J'arrive à jeun à l'hôpital. Enfile jaquette. Attend mon tour. Je devais y être pour 10h, j'ai fini par passer il était presque 15h. On m'installe sur la civière. On me met les bras en croix. On me met l'oxygène dans le nez, on me dit qu'on va m'injecter quelque chose de très relaxant et paf. Je me réveille dans une autre pièce, mon chum est assis à côté de moi et une infirmière me tripote le bras. (vraiment, c'était relaxant!!)
"Madame, le médecin a laissé cette note pour vous"...
Sur le papier ça dit "intervention n'a pas fonctionné. rendez-vous lundi matin 9:00 à mon bureau pour discuter des options". 
J'ai donc passé le weekend à me demander ce qui s'était passé et ce qui se passerait par la suite.

Lundi 9:00, bureau du gynéco.

"Madame, j'ai fait un curetage, mais je n'ai pas pu brûler l'endomètre. Votre utérus est rempli, le fibrome ne fait pas 5cm mais bien la taille d'un pamplemousse!"

Je ne suis pas bonne en maths, mais je connais mes agrumes. C'est un peu pas mal plus gros, surtout quand il le mime avec ses grosses mains.

Il me reste donc deux options, tout aussi agréables une que l'autre. L'hystérectomie (la grande opération) ou aller enlever le fibrome. Par contre, selon le doc, ça relève du héros d'aller l'enlever ET si je ne veux plus d'autres enfants, c'est inutile, puisqu'un autre finira par revenir et que cette intervention est toute aussi envahissante que l'hystérectomie.
Je retourne donc travailler, parce que même si je ne vais pas mieux, je sais maintenant que j'aurai une longue convalescence très bientôt (je suis travailleurs autonome, alors pas de congé maladie, hein).
Tant qu'à subir ça, j'ai demandé si je pouvais pousser ma luck et choisir grosso modo la date de l'intervention. Il semble que oui. Alors fin juin ce sera. Tant qu'à être en congé forcé, aussi bien rentabiliser le tout en se sauvant du camp de jour et en offrant un été relax aux enfants.

Mi-juin, 2 semaines avant l'intervention, mon chum est aux États-Unis. Je perds du sang à profusion, je suis épuisée. J'ai des chutes de pression (pas pratique perdre connaissance dans la douche..), j'ai le coeur qui bat fort, je n'arrive plus à manger. Je suis seule avec les enfants. Je tente de tenir le coup mais un matin, au boulot, j'en ai mal au coeur et j'ai peur de tomber au moindre mouvement. Je décide de retourner à la maison. Ça me prend 45 minutes avant d'être capable d'embarquer dans ma voiture et m'en aller chez moi, rendant tout le monde inquiet. On est mardi. J'ai mon rendez-vous préopératoire jeudi matin, je parlerai à l'infirmière si je ne vais pas mieux. De toute façon, même si je réussis à voir mon docteur, il me prescrira un autre arrêt de travail et du repos. En attendant jeudi, à la maison, me lever pour aller me chercher un verre d'eau est une épreuve. Je pleure au téléphone en parlant à mon amoureux qui me dit "tiens bon, je reviens vendredi soir... repose-toi". Mais s'il savait qu'à part immobile sur le divan, rien n'est reposant...
Ça aurait pu être une grave erreur.


Mercredi, incapable d'aller travailler. Jeudi, je vais reconduire les enfants (je ne sais toujours pas comment) au service de garde et me rends à l'hôpital (30 minutes de route) pour mon rendez-vous préop. Toute la semaine, j'ai texté quelqu'un en entrant et en sortant de la douche. J'ai donné des rapports quasi horaires à une amie de mon état. Je ne réalise pas tout à fait que je suis dans le pire état que je n'ai jamais été. Et que l'infirmière du préop fera bien plus que son petit boulot de base, ce matin-là.
Je n'ai pas de prise de sang à mon dossier pour cette rencontre, seulement le matin de l'opération. Elle me fait asseoir, m'installe pour la pression. Son regard change. Mon pouls est à 130. J'ai marché 7 pas entre la salle et son bureau. Ma pression est basse. Trop. 


Elle décide de me passer une prise de sang malgré la note au dossier. Je quitte ensuite avec un  "Soyez prudente, madame."

Je retourne à la maison me reposer. Le téléphone sonne. C'est elle.
"J'ai reçu vos résultats de prise de sang avant d'aller dîner, je ne pouvais pas attendre pour vous appeler. Madame, vous êtes vraiment basse..."
Ah bon? Combien? Parce que tsé moi, 60 d'anémie, ça ne me fait pas peur!!
"48, madame..."

Oups. Ouin. Branle-bas de combat, elle me demande de me présenter à l'hôpital pour une transfusion IMMÉDIATEMENT et de ne pas conduire. Résumé: je suis seule, mon chum est à plusieurs heures d'avion, on est jeudi, les enfants sont à l'école et mon anémie est à 48.
Bon. Pour vous donner une idée, quand même, parce que le médecin de l'urgence l'a ensuite dit... À 48, on n'est pas très loin du danger de mort. En fait, on EST en danger de mort si rien n'est fait. C'est comme une pas pire giga urgence quand même.
J'ai réussi à caser les enfants après l'école au service de garde, trouver une amie qui ira les chercher là pour les amener souper chez elle et trouver un lift jusqu'à l'hôpital.
Rendue là, l'infirmière du triage rit presque de moi. 
Non, on n'a pas votre dossier. Personne ne nous a avisé de votre arrivée. On va vous la faire la prise de sang, mais juste parce qu'on est d'adon, rien ne nous y oblige. Son collègue pousse même la note jusqu'à dire "c'est elle la patiente à 48? voyons elle n'a pas l'air si mal en point..."


Parce qu'on me fait poireauter dans la salle d'attente, je prends MON cellulaire, j'appelle l'infirmière du pré-op MOI-MÊME (parce que non, on ne va pas l'appeler pour savoir ce que vous faites ici madame) et elle me demande de donner mon téléphone à l'infirmière du triage pour qu'ils accélèrent mon dossier. 
Vous imaginez le portrait un peu? Moi, blême, faible, qui donne mon cellulaire par la porte du triage à l'infirmière, qui change soudainement d'attitude, m'offre une chaise roulante et me fait passer un électrocardiogramme en 5ème vitesse... On m'installe sur une civière, on m'envoie le médecin de garde. Il a prononcé le mot mort. Quelques fois. Selon sa face, je crois qu'il jugeait que je ne comprenais pas la gravité. Le mot transfusion aussi (le moins surprenant du lot) et les mots "on vous opère demain matin, après les 10h de transfusion"
Minute là! Mon chum n'est pas au pays. Mes enfants ne savent même pas encore que je suis à l'hôpital, c'est la fin de l'Année scolaire, il n'y a rien de prêt pour moi être hospitalisée plusieurs jours puis en convalescence, je ne suis pas prête à ça moi! Je venais recevoir une poche de sang, on m'annonce que ce sera 4. Je pleure, je panique. J'appelle mon amoureux... Vous imaginez, il est dans un autre pays et il est inquiet, et ne peut quasiment rien faire. Il aura tout de même réussi à orchestrer grand-maman qui est venue récupérer les enfants pour la nuit à la maison, à me trouver une amie qui viendra me rejoindre pour mes heures de transfusion et me ramener à la maison après. 
4 culots de sang, c'est 2h par sac, plus 2h d'attente après pour une prise de sang qui DOIT dépasser 90.

J''ai réussi à convaincre le docteur qu'après les transfusions, je ne VOULAIS PAS être opérée. 
J'irais voir mon gynéco en sortant et on organiserait la suite.

On me branche et j'attends. Dans le couloir de l'urgence. Chaque infirmière commente ma couleur. On rigole avec le fait que je suis en train de vider la réserve de O-, mais je rigole pas tant. L'infirmière qui s'occupe de moi me dit que je suis son premier cas -sur pieds- d'anémie à 48... Qu'elle en a vu, des cas d'hémorragies en cas d'accidents. Que 4 culots de sang, c'est plutôt rare. Qu'elle ne peut pas croire que je m'occupais seule des enfants et que je travaillais encore deux jours plus tôt.. Bref, je comprends que mon état est grave.

Mon chum s'est trouvé un vol de retour plus tôt. Ma belle-mère a dormi à la maison. Mes enfants doivent se questionner et moi, je panique un peu.


Je réalise soudain que j'étais allée vraiment loin. Vraiment limite. 

Lendemain matin, 6:00, on me libère. Je suis à 91.

En arrivant chez moi, l'infirmière du préopératoire appelle. Elle veut savoir comment je vais. J'en profite pour lui expliquer que je dois voir un médecin aujourd'hui, prendre une décision. Elle me dit de rester à jeûn et de me pointer, elle a réussi à m'obtenir un rendez-vous avec le gynéco de garde.
Je me rends là, avec mon amie. Les enfants sont à l'école. 
Évidemment, rendue là, on m'a donné un rendez-vous avec le gynéco de garde. 
Pendant l'attente, mon amoureux arrive. Frais sorti de l'avion, terriblement inquiet. 
Le doc refuse de m'opérer d'urgence (il y a des risques et je suis remontée.).


Évidemment, rendue là, je suis pas pire en forme. Je suis à 91, ça fait des mois que je vacille entre 60 et 85.

Le gynéco me demande si ça m'est passé par la tête que je sois enceinte. 
Je vous épargne ce qui m'est passé par la tête. Parce que tsé, ça fait 9 mois que ça dure, que je saigne comme si on m'avait ouvert la jugulaire parfois. Oui, j'ai un bébé bionique qui s'accroche à un utérus en perdition depuis des mois. Je lui parle du fibrome découvert lors de l'endométrectomie. Il rit, me dit que c'est écrit 5 cm au dossier. Je lui dis que clairement, ça a changé. Il me répond qu'un pamplemousse et 5 cm, c'est pareil. (Constat: un gynéco pis des agrumes, c'est pas connecté!)

Interdiction d'efforts, de travail et on attend la date d'opération. Cocktail de médicaments, pilule contraceptive, alouette. On mettrait un bouchon que ça serait moins encombrant. Mais le but, c'est de se rendre au 30 juin... 

Et soudain, après mes dernières 48 heures, j'ai peur de ne pas me rendre... 



28 juillet 2015

Anémie, agonie et compagnie (part 1)

Ou le récit d'une année de "marde" (désolée!!)
Récit de problèmes de santé. Je me dis qu'avoir tant goglu dans les derniers mois, un jour, ce sera peut-être utile à quelqu'un.

Tout a commencé un peu avant l'été 2014.
Je me souviens parfaitement de la première fois... Je revenais d'un très rare souper avec mon amoureux et je lui ai dit "je crois que je fais une fausse couche... ".

Ces mots ont été prononcés de façon un peu détachée. Il faut comprendre que un, on approche plus de la quarantaine que de la trentaine. Deux, on n'essaie plus d'avoir des enfants. Trois, on n'en veut plus d'autres non plus.

Cette annonce n'en était pas une vraie. Puisque quelques semaines plus tard, le même manège recommençait.

Je perdais beaucoup de sang lors de mes menstruations, mais à en jaser à madame X et madame Y, je réalise que fin trentaine, ce n'est pas rare d'avoir des changements au niveau de nos règles.
Je me mets donc en mode "endure, c'est ça les joies d'être une femme."

C'est déjà désagréable. Au chalet de la belle-famille, quand tu te réveilles au milieu de la nuit et que tu as le bas de pyjama tout rouge, tu te dis que c'est franchement handicapant, perdre autant de sang.
Puis je commence à faire des choix en fonction de "mes dates".

Mais il y aura eu un choix, qui me semblait pourtant sécuritaire, qui me révéla que ma condition ne s'en allait pas en s'améliorant. Alors que je venais de finir ma période de règles, je me croyais en sécurité pour aller à La Ronde avec famille et neveu. FAUX.
Je n'ai fait aucun manège, j'ai visité TOUTES les toilettes de La Ronde. Et ce jour-là, j'ai réussi à inquiéter mon chum. Parce qu'il constatait vraiment pour la première fois à quel point ça prenait soudainement beaucoup de place, tout ça.

Les jours qui ont suivi La Ronde, je me sentais fatiguée. Faible. Chaque jour, quelqu'un au travail commentait mon visage blême, mes yeux cernés. Le souper et les devoirs me semblaient de grosses montagnes. Les journées interminables.
Puis, le souffle s'est mis à se faire rare. Mon coeur battait fort. Monter les escaliers pour aller me coucher me faisait "pomper la patate" à 120-125... Pas besoin d'être un grand athlète ou un prof d'éduc pour savoir que le coeur, ça ne bat pas si vite après si peu d'efforts.

Un bon matin, j'ai donc décidé d'aller consulter. Parce que ça m'arrivait de ne même pas être capable d'aller travailler, au bout de mon énergie. Trouver une clinique et un rendez-vous, ce n'est pas une mince affaire.

Jeudi matin. Le docteur me pose des questions. En conclut que je fais probablement un peu d'anémie, liée à mes saignements importants. Il entend un souffle au coeur à l'examen. Me remplit un papier pour aller passer une prise de sang, me demande d'y aller le lendemain.
Lendemain matin, première prise de sang d'une TRÈS LONGUE série. Je retourne ensuite au boulot.

Samedi matin, le téléphone sonne. C'est la clinique. "Docteur voudrait vous voir demain matin tôt, madame, c'est très important."
Samedi, toute la journée... Panique à bord. Ça y est, il a trouvé quelque chose.

Dimanche matin, bureau du doc. Votre hémoglobine est à 60 madame (vérification faite, elle devrait être entre 120 et 140). Votre fer est quasi inexistant. Repos pour plusieurs semaines et beaucoup de pilules de fer, on devrait vous remonter. (Parce que 60, c'est de l'anémie sévère. Une amie infirmière me dit "à 60, nous on transfuse quasi-direct).
Je ressors avec un papier pour une écho cardiaque (le souffle), une écho pelvienne (pourquoi je saigne autant?), un arrêt de travail de 2 mois et une prescription de fer en quantité industrielle (que la pharmacienne a hésité à me vendre!)

Décembre arrive, je passe des prises de sang aux 3-4 semaines maintenant. On passe l'écho cardiaque, il y a un souffle, mais rien d'important. Je passe l'écho pelvienne.
-Mon stérilet est introuvable. (madame, il est probablement parti avec une hémorragie, ça arrive!)
-On trouve par contre un fibrome de 5cm dans l'utérus. (on me dit avoir mis le doigt sur le bobo)
-Un kyste sur l'ovaire gauche aussi. Rien d'alarmant.

Un autre mois passe, une prise de sang, je revois le doc (entre-temps, je suis retournée au boulot, de peine et de misère, mais j'y suis.)
Ça a remonté, mais je sais que ça redescend. Il prend connaissance de l'écho, m'envoie prendre rendez-vous avec un gynéco.
Le mois de janvier est pénible. Je n'arrive pas à faire mes semaines complètes au boulot, mon 35h n'en est jamais un.

Je vois le gynéco en février. On essaie un médicament pour réduire le fibrome. On continue le fer.
Je repasse une prise de sang, encore basse, autour de 75. Je revois le doc, je repasse une écho.
Le fibrome de 5cm toujours là, le stérilet toujours pas, et le kyste est disparu.
Je revois le gynéco. Le médicament ne fonctionne pas. On en essaie un autre.
Re prise de sang. Oups, on est redescendu à 62 (encore appelée au bureau un samedi matin, définitivement, il ne blague pas quand il me dit qu'il se demande comment je fais pour me pointer avec une anémie si importante...)
Un autre arrêt de travail. Parce que tsé, moi, même à l'agonie, en général je me pointe au boulot. Au grand désespoir de tout ceux qui se demandent si je me passe la face à l'eau de Javel tellement je suis blême et les yeux vides.

Je revois le doc souvent, le gynéco, des prises de sang à tout moment.
On finit par décider de faire une intervention chirurgicale mineure, brûler l'endomètre (paroi intérieure de l'utérus). Ça me débarrasserait du fibrome, pour un temps en tous cas. Prévue début mai.

Pendant tous ces mois, j'ai fait face à de multiples symptômes. La fatigue généralisée. Canceller des projets à tous moments parce que finalement, je suis incapable de faire quoique ce soit. Être essoufflée à juste marcher. Me lever 11 fois par nuit pour aller à la salle de bains me nettoyer et me changer. Laver les toilettes de tous les endroits que je fréquente pour ne pas que quelqu'un alerte la police jugeant qu'un meurtre y a été commis. Connaître le prénom de l'infirmière au centre de prélèvenents (et qu'elle me reconnaisse quand j'appelle). Ne pas aller trop loin en voiture. Traîner PARTOUT un sac avec des vêtements de rechange. Acheter des serviettes sanitaires de nuit en quantité suffisante pour couvrir tout un camp de Jeanettes pour l'été, chaque deux semaines. Ne plus prendre aucun engagement. Porter des vêtements foncés en tous temps. Faire l'épicerie par intervalles, entre 8 visites à la salle de bains. Fuir le centre d'achats puisque les toilettes sont loin. Fuir les sorties extérieures, parce que dehors, c'est pas simple quand tu débordes...

On arrive au mois de mai, je crois être libérée.....
(à suivre ;)

11 décembre 2014

Mes coups de coeur... cuisine!

Vous cherchez un bon livre de recettes à offrir ou vous offrir (ou mettre sur votre liste d'échange de cadeaux) ?
Voici mes coups de coeur..
Il y en a des dizaines d'autres, mais de un, je ne les ai pas tous et de deux, faut faire un choix :)

**Les lunchs de Geneviève:
http://www.renaud-bray.com/Livres_Produit.aspx?id=1300686&def=Lunchs+de+Geneviève(Les)%2cO'GLEMAN%2c+GENEVIÈVE%2c9782897030575

Pour sa simplicité, ses idées réinventées. Ici, ça ne sert pas QUE pour les lunchs.. Mais des petits soupers de semaine simples et vite faits, c'est génial!

Dans la même veine...

**Famille futée:
http://www.renaud-bray.com/Livres_Produit.aspx?id=1437155&def=Famille+futée+%3a+75+recettes+santé+et+100+astuces+pour+déjouer+la+routine%2cDIAZ%2c+ALEXANDRA%2cO'GLEMAN%2c+GENEVIÈVE%2c9782897031282


**Le carnet rouge

Le livre a un super style, c'est gourmand, c'est parfois simple, parfois très chic. Une SUPERBE lecture pour les amateurs de Josee DiStasio! Son chocolat chaud est hallucinant!!


**La croûte cassée


Apprendre à faire plus avec moins, à récupérer les restants, à moins gaspiller... Même pas cassés, on aime! Idéal pour un jeune qui part en appart, un débutant en cuisine ou quelqu'un qui ne sait plus comment utiliser son frigo/garde-manger au maximum!!!


**Les recettes secrètes de nos mères


Y'a rien de mieux que quand ça goûte quand on était petits, non? Je suis une fan de ces vieilles recettes qui se transmettent. J'ai tous les vieux livres de recettes écrits à la main de ma mère, celui-ci rejoint toutes les mères du Québec. Réconfortant! Les boulettes de viande, sauce aux pêches... Le pouding chômeur à l'érable ou le renversé aux ananas... Les cigares au chou.... Mmmmm...



**Cuisine 5 ingrédients

Une super découverte! Excellent pour les soirs de semaine, où on a envie de cuisiner vite et avec ce qu'on a pratiquement toujours sous la main! Avec des recettes faciles à adapter ou à adopter! 


Et il y en a des dizaines d'autres...
Sur le site de Renaud-Bray, on trouve 12 066 livres de recettes...
Il y en a assurément quelques-uns qui vous inspireront!!!
Il y a toujours les classiques, de DiStasio à Ricardo, de Coup de Pouce à Jamie Oliver, de Gordon Ramsay à Louis-François Marcotte, des collectifs, des livres à thématiques... D'ici, d'ailleurs, de semaine ou de réception... Je suis complètement gaga des livres et des revues de recettes, ça paraît?

Voici mon prochain coup de coeur possible... Je fais durer l'attente, je m'auto-fais languir... Mais mon prochain achat:





21 novembre 2014

Le temps des Fêtes...

Ça n'a pourtant jamais été vraiment festif..

Ah oui, peut-être dans les années où j'attendais impatiemment le Père Noël.
Peut-être dans les années où je bricolais une liste en espérant recevoir ce que j'avais commandé.
Peut-être dans l'attente, plus que dans l'événement.

Parce que mes Noëls d'enfance n'étaient pas si joyeux.
Entre mon père qui était alcoolique et ma soeur qui était dans sa crise d'adolescence (qui dure encore, même si elle a passé 40 ans!!!)... Mes souvenirs de Noël ne sont pas si gais.

Et malgré tout, j'arrive à m'émouvoir en pensant à cette année où on avait acheté un sapin neuf.
Gros luxe, pour la famille au petit budget que nous étions. Dans cette boutique où tout coûtait sûrement cher, où tout brillait, scintillait, clignotait, pailletait...
Ma mère et moi avons choisi un sapin blanc. Parce que le gros sapin vert de quand j'étais petite avait fait son temps et parce que maintenant que j'étais plus grande, on pouvait rapetisser l'ampleur de la bête, nous en avons pris un petit qui allait sur une table.

Choisir les décorations. L'étoile. Les guirlandes.
Bonheur.

Et pourtant, mes décorations préférées étaient celles que j'avais sauvées de l'ancien sapin.
Mes décorations préférées se trouvaient un peu partout dans la maison.
C'était cette crèche, un peu abîmée mais tellement "vintage", qu'on devait crinquer pour entendre une chanson de peine et de misère sous le petit Jésus.
C'était cette lumière que ma mère installait au bas de l'escalier, qui diffusait un éclairage tamisé, mais brillant.
C'était cette petite pantoufle rouge que j'accrochais au sapin.
C'était mes cannes de bonbons avec des cure-pire verts et des perles de collier.
C'était cette couronne que maman avait fait de ses propres mains, avec des cocottes de sapin, des noix et de jolis rubans (et beaucoup de colle chaude, l'odeur me touche encore...)

Noël a vite perdu sa magie.
Sauf cette veillée où j'ai demandé d'assister à la messe de minuit, pour faire plaisir à ma grand-mère. Elle est décédée un an plus tard.
Sauf ces soirs où avec ma chorale d'enfants, on faisait un spectacle devant une église bondée.
Sauf quand j'entendais mon bas de Noël claquer sur ma porte de chambre et les pas de ma mère discrètement s'éloigner.
Sauf quand ma mère venait magasiner avec moi pour que je lui achète un cadeau, qu'elle payait en me promettant de l'oublier d'ici Noël, et que mon chandelier du Dollorama la rendait heureuse pendant quelques secondes.

Je suis intense à Noël.
Dans les décorations, dans l'ambiance, dans la mise en place de souvenirs, dans les petits détais et dans les grosses folies, dans les traditions et dans les choses faites à la main.
Parce qu'on ne sait jamais ce qui va rester imprégné dans leur coeur.
Dans 20-30 ans, comment se souviendront-ils de leurs Noëls d'enfance?

J'espère avant tout qu'ils se souviendront à quel point j'y mettais toute mon âme, pour les rendre magiques. Même lorsque le Père Noël ne viendra plus, je n'abandonnerai jamais.
Pour que cette chanson qu'ils entendront à la radio leur mette les larmes aux yeux. Pour qu'ils recréent une ambiance avec des lumières feutrées. Pour qu'ils aient une image du sapin dans leurs souvenirs, pour qu'ils ressentent encore tout l'amour familial qui entourait cette fête, même si nous ne sommes que 4.
Parce que je sais qu'on ne se souvient à peu près pas des cadeaux qu'on a eu.
Mais que la petite pantoufle rouge, dans le sapin immense, prend tout de même autant de place pour eux que pour moi, chaque année.


25 août 2014

Rater une occasion ou "fail" parental public.

Constat: les enfants ne sont plus ce qu'ils étaient.
Double constat: les parents non plus.

Mais plus ça change, plus c'est pareil, j'imagine?

J'ai été élevée par mes parents encore mariés.
Ma mère était à la maison. Mon père travaillait à l'extérieur.
Ma mère était principalement responsable de s'occuper de moi. Mon père travaillait à l'extérieur.
C'était ce genre de famille, où le père tond le gazon, sort les poubelles, amène l'auto au garage et ramène le salaire.

À mon souvenir, ma mère n'était pas particulièrement sévère. Mais je n'étais pas particulièrement tannante non plus.

Mais une chose qu'elle m'a appris hors de tous doutes... C'est écrit? Tu le fais!
C'est obligatoire? Tu le fais!
Tu respectes l'adulte qui donne des consignes et avec le jugement que je t'ai donné, tu sauras quand il faut questionner l'autorité. Sinon, tu ne le fais pas.

Bon. Ma génération n'en était pas une de négociations.
On ne négociait pas. On faisait.

Ou était-ce moi qui était trop sage?
Ma mère me disait de rentrer à 9h, je revenais à 8h55.

Je ne sais pas c'est quoi le pire qui aurait pu arriver si je n'avais pas obéi. Mais je n'avais pas envie de savoir.
Ma mère était quelqu'un de droit, elle était humaine et compréhensive. Elle avait eu la vie dure, mais elle était juste. Alors je ne questionnais pas.
J'ai appris à faire confiance aux jugements des autres aussi. Aux adultes qui m'entouraient. J'étais une élève modèle, bien sûr. Je n'aurais pas osé répondre à mes professeurs.
Elle n'a jamais utilisé le "attends que ton père arrive", parce qu'elle était crédible à mes yeux à elle toute seule.

Le jugement, ça se construit en vieillissant. Je suis capable de juger de la pertinence des choses, des demandes, des consignes. Je l'ai été rapidement, jeune, quand même.

Mais quand je vois de jeunes parents, avec de jeunes enfants, se foutre des lois, des consignes, des règles, de l'autorité des autres adultes, je me dis que ces enfants-là ne développeront pas leur jugement ni leur confiance en l'autorité.

La seule chose qu'ils développeront, c'est l'idée que "ce qui est bon pour les autres ne l'est peut-être pas pour moi" et s'en serviront malheureusement à mauvais escient avant longtemps!

Alors à vous, chère maman de La Ronde qui croyez que les règlements de grandeurs sont là pour vous faire chier... Ils sont là PREMIÈREMENT pour la sécurité de vos enfants et des autres. Mais aussi un peu pour leur montrer qu'ils ne sont pas rois et maîtres. Qu'ils ne peuvent pas tout faire. Que cultiver l'attente et le désir, ça a du bon pour tous. Et aussi un peu leur prouver que ce n'est pas tout le monde qui leur dira oui pour éviter une crise, un "t'es pas fine" ou un "j't'aime pu!".

Vous aurez raté une belle occasion de montrer à vos enfants que même les adultes doivent respecter l'autorité et que les règles ne sont pas toutes là pour être remises en question.

Ce n'est PAS juste un tigre...

La semaine dernière, pendant nos vacances familiales, nous sommes allés au Zoo de Granby.
Nous y allons aux 2-3 ans, dès que nos Air Miles me permettent de commander des billets gratuits en fait ;) (à noter, le Zoo offre un accompagnateur adulte gratuit pour un enfant avec diagnostic!)

C'est devenu une blague sur mon dos, mais quand je vais au Zoo, j'ai 4 ans!!

Chaque fois, je m'étonne de constater que "d'un côté de la rue, y'a un Tim Hortons, une épicerie où les gens font leurs commissions, des maisons même.... et de l'autre côté, y'a des girafes! des éléphants! des lions et des tigres!!"

Pour moi, c'est un grand bonheur que de côtoyer ces animaux l'espace d'une journée.
Lors de mon voyage à Berlin en 2002, j'ai profité d'une journée seule pour aller visiter le Zoo, tellement j'aime ça!

Je lis les pancartes, je regarde vivre les animaux, je m'intéresse à ce que les guides racontent...

On a assisté à la présentation des tigres. Comme d'habitude, je suis bouche ouverte, oreilles tendues, yeux attentifs.. Il y a trois "bébés" tigres à moins de 20 mètres de nous!

Tout le monde est entassé. Tout le monde est fasciné.
Un monsieur tente de se faufiler derrière moi pour prendre une photo. Je lui offre de s'avancer. Il a affaire à la bonne personne, pour sympathiser avec sa fascination!!
Puis, derrière moi, deux femmes se retrouvent assez loin pour ne pas bien voir... et l'une dit à l'autre: "bah viens-t-en, c'est pas grave, c'est juste des tigres!"

JUSTE des tigres? Vraiment?
T'es en plein coeur d'une ville du Québec, tu es face à face avec un tigre et tu ne ressens rien?

Je dois avoir la capacité de m'émouvoir trop facile. La fascination trop présente. La création de petits bonheurs trop fréquente!

Pour moi, un tigre, ce n'est PAS JUSTE un tigre.

Une sortie au Zoo, et j'ai 4 ans. Je suis impressionnée, intéressée.

Mais je suis comme ça sur bien des trucs.

Je remarque les beaux paysages. Je remarque l'éclat du soleil sur l'eau quand mes enfants sont aux jeux d'eau du parc. J'entends les criquets à la campagne (avant de rester en campagne, quand on arrivait chez mes beaux-parents le soir, je faisais arrêter la voiture de mon chum et j'ouvrais les fenêtres juste pour les écouter!).

C'est peut-être ça qui me tient debout à travers les nombreuses épreuves des dernières années.

Je me souviens même avoir apprécié le petit vent chaud, un soir que je marchais dans le stationnement de l'hôpital après être allée passer la soirée avec mon père mourant. Ce soir-là, c'était son dernier moment conscient, éveillé. Je ne le savais pas. Je savais par contre qu'il mourrait sous peu. Et je trouvais que cette soirée de fin de mai était idéale pour la température. Le vent. La chaleur. Le soleil quasi disparu. L'absence de bruits.

Je m'émeus et m'émerveille facilement. Oui.
Mais ce soir-là, mon constat était positif. La vie était bonne. Même face à la mort.

Et la semaine dernière, ce n'était pas JUSTE des tigres.
C'était mes vacances, mon émerveillement, mon lien avec mes enfants et leur curiosité.
C'était aussi un souvenir. Heureux.


29 avril 2014

Être fatiguée-Un soir de semaine.

Pour faire suite à cet excellent billet : http://www.mamanaunplan.com/2014/04/29/etre-fatiguee-un-soir-de-semaine/ et le constat que nos soirées de semaine (et parfois de weekend) ne ressemblent pas aux pubs télés qu'on voit ou aux articles qu'on lit dans les revues... Voici... Mon propre "être fatiguée-un soir de semaine".

Comme je suis toute seule tous les soirs, la semaine, jusqu'à ce que les enfants aillent au lit.
Comme je travaille avec des enfants toute la journée et que j'ai l'impression d'empiler les "shifts".
Comme je vis un mal de tête chronique depuis août.
Comme je suis "oh-tellement-loin-d'être-parfaite"...
Voici ma soirée fatiguée.

15H: Si je suis chanceuse, je suis déjà à la maison. Sinon, je suis sur la route, stressée, à espérer arriver avant mes enfants dans l'autobus pour éviter une crise d'angoisse de miss-la-doudoune.
Je défais l'épicerie/vide ma voiture de 300 trucs/pars une brassée de lavage/me demande "qu'est-ce qu'on mange ce soir?"...

15H10: Les chiens jappent. En choeur. Fort. Les enfants arrivent. Ils chialent. En choeur. Fort.

15H12: Je me fais un café. Il sera nécessaire. Y'a pas congé de devoirs. Je répète sur le même ton "Bonjour mes amours... C'était une bonne journée?" en espérant casser la "vibe" négative.

15H15: Ils mangent. Juste après s'être chicanés pour se laver les mains en premier. Je bois mon café. Juste après avoir constaté que je n'avais plus de Bailey's à mettre dedans. J'écoute le récit de leur journée. Non. J'entends le récit de leur journée. Je pense à 20h. Je suis fatiguée-un soir de semaine.

15H25: Heure des devoirs. Toujours pas de Bailey's. Toujours pas 20h. La laveuse sonne, j'y vais en disant à mon fils "continue de lire, je t'écoute..." J'écoute le froissement des vêtements que je transfère dans la sécheuse pas mal plus que j'écoute l'histoire. Heureusement, il lit bien et il me fera le résumé après. Je ferai semblant de savoir de quoi je parle en lui posant des questions.

15H35: C'est long, des devoirs/leçons X 2 enfants. Je les envoie étudier leurs mots de vocabulaire. Pour stimuler leur autonomie, tout seuls. Pour reposer mes oreilles, aussi.

15H40: On revise les tables de multiplications. Je me demande toujours quoi faire pour souper. Pas parce que je n'ai pas de plan (j'en ai toujours un...), mais parce qu'il ne me tente pas.  Même rapide, il sera trop long. Mangé trop vite. Salira trop de vaisselle. Ne récoltera aucun merci. Ne fera pas de moi une meilleure mère. Juste plus fatiguée-un soir de semaine.

16H: Les devoirs et leçons sont normalement terminés (sinon, je déclare qu'ils le sont). Les enfants vont jouer. En fait, ma fille va jouer. Mon fils continue de parler. Je me dis que le service de garde, vu qu'ils aiment ça, serait un bon investissement si je pouvais juste déclarer "ce soir, trop fatiguée, je vais les chercher à 17h et je fais une sieste avant". Mais je ne suis pas comme ça. Je me convaincs. Je mets le papier du SDG au recyclage.

16H30: Je suis encore en train d'enfiler lavage/ramassage/remplissage de paperasse/signature de trucs et autres trucs palpitants, pour éviter de penser au souper. Pourtant, il ne se fera pas tout seul. Je me répète "ne propose pas des crêpes... c'est un faux-déjeûner-souper... c'est loooong !".

16H45: "Maman, on mange quoi ce soir? Je commence à avoir faim."

16H50: Il me semble que la soirée est longue, déjà. Ça doit être le côté sombre du bonheur de travailler à temps partiel. Ça laisse plus de temps. Mais pas quand on est fatiguée.

16H52: Je dois VRAIMENT embrayer pour un souper. Des enfants affamés et une maman fatiguée, pas super. Je vais finir par faire le souper prévu, plus par "cheap-itude" que par "envie".

17H30: On bouffe. Je maudis les assiettes en carton de ne pas être écologiques et ma conscience de l'être. J'évite la question "est-ce que je dois laver les cheveux de ma fille ce soir?" parce qu'inévitablement, ça tombe toujours  le soir où je suis crevée.

18H: Je fais la vaisselle/ramassage/début de lunchs avec mes écouteurs et mon iphone. C'est la seule façon d'avoir du silence. (ironique, je sais.)

18H30: Douche, bain. Je maudis ma conscience de ne PAS être capable de lâcher prise là-dessus.

18H50: Je deviens la MEILLEURE MÈRE DU MONDE quand je demande aux enfants s'ils veulent écouter une émission ou commencer un film. Ils ne savent pas que je le fais pour moi, pas pour eux. Ça rend ça tellement plus spécial. Je m'assois, sans l'écouter vraiment. Je maudis mon divan d'être si confortable et me demande à quel âge je n'aurai plus besoin de m'en détacher pour monter border mes enfants.

19H45: Dodo des troubadours. Je monte les border, en quittant le divan non sans chigner un peu.
Je sors les vêtements, maudis les bas qui ne se rendent jamais seuls dans les tiroirs et m'obligent à les courailler alors que je n'ai plus d'énergie. Je replace les cadrans, les volumes de musique, les doudous, le chien, les toutous, les bisous.... Et puis....

Je me souviens que j'aime ça, les border. Et qu'ils vont terriblement me manquer quand ils ne rentreront pas dormir ou qu'ils monteront sans même me dire "bonne nuit"...

Puis je me rappelle à quel point je suis fatiguée, j'oublie mon romantique-mélancolique moment de maman et je dis "ok bye bonne nuit je vous aime à demain" et je descends sans regarder derrière.

J'enligne directement le divan. La télé. La doudou.

Je rechignerai et grognerai si un des enfants me rappelle.
Je pesterai contre le linge que j'ai oublié dans la laveuse.
Je me rappellerai trop tard que je devais aussi laver le linge d'éduc pour le lendemain.
Je me dirai que me démaquiller serait une bonne idée, mais qu'arrêter de me maquiller serait encore plus rentable.
J'oublierai de signer ce chèque, de retourner cet appel, de découper ces images et de lire ce fameux roman.
Je lèverai une fesse pour enlever ce bout de papier qui me dérange sur le divan et sur lequel il est écrit "to-do list". Je le lirai demain.

Mon chum arrivera environ au même moment. Trouvera encore sa blonde sur le divan. Se dira qu'on manque de loisirs. Je lui répondrai qu'en fait, on manque de Bailey's. Et de vin.
Et que demain, ça ira peut-être mieux. Ou pas. Mais qu'un jour, ce sera vendredi. Et qu'il y aura au moins des restants. Et du vin.

5 mars 2014

Le jour où je suis devenue cheap...

Par la force des choses et de nos choix, et parce que la vie nous réserve parfois de bien mauvaises surprises, je suis un jour devenue cheap.

Cheap, comme dans vraiment cheap.

Maintenant, la vie est plus douce avec nous. Nos choix ont changé (mais ils étaient nécessaires à ce moment-là de notre vie), la vie nous lance un peu moins de briques, on se réorganise...
On a encore des restrictions, par exemple, je ne travaille qu'à temps partiel (5h par jour, 5 jours par semaine) pour être présente auprès des enfants (et particulièrement ma grande qui en souffrirait grandement autrement..). Mais on a plus de "jeu".

Et malgré tout, je suis encore cheap.
Et je l'assume tellement bien.

Parce que maintenant, pour moi, être cheap, c'est dépenser intelligemment les dollars que je gagne et que mon conjoint gagne. J'aime mon travail, mais je considère tout de même que si je gaspille l'argent que j'y gagne, je serais aussi bien de gâter mon nombril en restant chez moi (je ne suis VRAIMENT pas une workaholic!!)

Je vous partage donc quelques trucs, mais je fais parfois exception pour certaines petites choses, parce qu'une petite douceur fait du bien au quotidien de la vie...

-JAMAIS je n'achète de viande pas en spécial, de céréales pas en spécial, de fromage pas en spécial, de gâteries pas en spécial... Il y a TOUJOURS d'autres alternatives. Et entre le poulet à 15$ le kilo et celui à 8,80$ le kilo, je sais qu'il y a des dollars qui restent dans mes poches.

-RAREMENT j'achète des fruits et légumes à plein prix. Ça m'arrive, parce que j'ai des enfants qui ont des goûts bien précis, parce que les crudités dans les lunchs doivent toujours être les mêmes pour une fillette autiste/rigide, mais encore là, il y a PRESQUE TOUJOURS une alternative, que ce soit dans le choix du légume, dans le format, ou dans le lieu où on décide de l'acheter.

-Dans l'optique épicerie, je ne fais JAMAIS une seule épicerie par semaine. J'arrête au moins à 2-3 endroits. J'ai de la chance, ça ne vient pas avec une dépense d'essence, elles sont toutes très près de mon travail et/ou sur mon chemin. Je fais ma liste le weekend, je connais mes prix et je choisis les places qui offrent le meilleur pour nous. (Je ne couponne pas... mais j'imagine qu'il y a du potentiel là... mais bon, je choisis mes batailles et celle-là, je ne la mène pas :)

-Pour les sorties, j'ai développé quelques trucs. On n'est pas des gros sorteux, mais comme en temps de relâche ou en vacances l'été, c'est bien de pouvoir en profiter un peu.
*Utiliser la carte CAA. (parce qu'avec 2 vieilles voitures, c'est un must à dépenser..) Elle permet d'avoir des rabais sur plusieurs activités.
*Utiliser les Air Miles. Mine de rien, parfois, ça donne un rabais intéressant, une entrée gratuite, un certificat pour se gâter.
*Profiter du métro gratuit. Pendant la relâche, les weekends aussi et à d'autres moments, le transport en commun à Montréal est gratuit pour les enfants de 11 ans et moins (5 enfants par adulte).  On se trouve un stationnement gratuit (dans l'est, je me stationne à la Place Versailles, près de la rue Sherbrooke. 5 minutes de marche, et on est au Métro!). En plus, les enfants aiment ça!! Et ça évite les frais de stationnement de bien des endroits qui coûtent déjà cher!!!
*Lorsqu'on a un diagnostic en main, plusieurs endroits offrent un billet de parent accompagnateur gratuit. Par exemple, hier, aller au Biodôme avec mes deux enfants ne m'a coûté que 15$.
*Profiter des tarifs spéciaux à des moments moins achalandés. Pendant une pédago mal placée, aller au cinéma ou dans une sortie qui charge moins cher (et est moins achalandée) que la fin de semaine. Les soirs sont parfois des moments avantageux pour certaines choses.
*Y aller avec des amis et profiter du tarif de groupe. Parfois, ça commence à 10 ou 15 personnes. Comme j'ai des amies avec 3 et 4 enfants, ça monte vite! (et c'est tellement plus le fun!!)
*Traîner son lunch quand c'est possible, sinon organiser les heures de sorties en fonction du entre-les-repas (parce que payer un berlingot de lait 3$ au Biodôme me fait redouter le prix que coûte 3 repas complets!!!)

-On peut trouver des jeux de société usagés à très bas prix dans plusieurs endroits qui se spécialisent là-dedans. Il y a une belle boutique à Ste-Thérèse, il y a aussi des librairies de livres usagés qui tiennent également des jeux. Les livres usagés sont également un must, surtout pour les adultes. Sinon, la bibliothèque publique est parfaite. On peut ici emprunter 20 documents pour 3 semaines, c'est amplement pour faire le tour. Encyclopédies, films, livres, romans, revues (je n'en achète plus maintenant et je les lis encore toutes..)

-Trouver une autre façon de combler nos dadas. Voici les miennes.
*Revues: je les emprunte à la bibliothèque. Au moins 20$ de plus dans mes poches par mois.
*Vêtements: je vais dans les entrepôts de mes magasins préférés. Je vais chez Winners. Je fais du troc avec mes amies qui sont tannées de leurs vêtements encore en bon état. Idem pour les enfants. Je vais au comptoir familial du village (excellent endroit pour des morceaux passe-partout pour la maison, une 2ème paire de salopettes au cas, un casque de vélo pour finir l'été, etc.)
*Jeux de société: les boutiques spécialisées en jeux usagés. Les ventes de garage. Le comptoir familial. Les liquidations de boîtes endommagées. Les échanges (parce que le jeu de mémoire Dora, un moment donné, toutes les familles se tannent... :)
*Livres: j'aime les avoir chez moi. Je me suis calmée et j'en achète BEAUCOUP moins, car ça prend de la place, mais c'est tout de même un grand bonheur que de les acheter pour moi. Alors je fais mi-chemin et je les achète usagés. Ventes de garage, comptoir familial, il y a aussi une petite tablette vente à 25 sous et 1$ à ma bibliothèque.
*Bulk Barn: la place pour mes petits dadas alimentaires. Ça me suffit souvent d'avoir une petite quantité d'un truc. Alors le vrac où je peux avoir exactement la quantité nécessaire et désirée, ça me plaît! (faire attention par contre.. difficile de calculer quand on fait juste remplir des sacs transparents!)
*Café: bien que j'Adore me payer un bon café de temps en temps, remplir ma tasse pour l'auto à la maison et le boire en route vers le travail me fait quand même économiser beaucoup d'argent et je peux me permettre un excellent café en grains fait à mon goût pour le tiers du prix du café régulier du Tim ! Aussi, profiter des promos de temps en temps.. comme le petit café gratuit chez McDo. Y aller pendant une semaine plutôt que d'arrêter au Tim nous met 10$ de plus dans nos poches pour autre chose quand même!!

-Le fameux vendredi "j'ai ma semaine dans le corps-ça me tente pas de cuisiner" ! Je lis beaucoup d'amies pour qui vendredi=resto. Mon côté cheap me dit non, même si moi aussi, le vendredi, j'ai envie de ne pas cuisiner (surtout que je suis seule toute la semaine pour les repas avec les enfants, donc je mérite bien un petit congé aussi..). Ma solution? Un souper touski (les restants) offert en buffet, ou une pizza congelée (ou autre repas tout prêt qui ne tue personne une fois de temps en temps...) Tant qu'à commander une pizza à 25-30$, ce n'est pas plus long de mettre celle que j'ai payé 3.99$ dans le four et attendre. Je pousse souvent ma luck et je sors des assiettes en carton (vous savez, les surplus des différentes fêtes de vos enfants que vous conservez... même si plus jamais vous ne referez une fête de Fraisinette ou de Tortues Ninja.... Tant qu'à finir par les jeter..... )

-Il y a tant de repas/trucs de bouffe qu'on pourrait faire nous-mêmes et qui sont tellement moins difficiles/longs qu'on le croit. Par exemple, la tartinade de tolu de mon amie Catherine. Bye bye, Fontaine Santé. Un bloc de tofu, une carotte, un demi-oignon, mayo, moutarde en poudre... Meilleur, moins cher :)

J'en ai sûrement une tonne d'autres...


30 décembre 2013

2014, mot phare

Il s'est imposé à moi, il y a quelques semaines...
Encore une fois, plus récemment, lorsque j'ai été interpelée par un statut Facebook qui demandait nos témoignages.
Puis, encore hier, devant moi, sans aucune subtilité.

Et puis, ce matin, je fais ma tournée de lectures sur le web et je tombe ici: Les (Z)imparfaites
En plus d'y voir au moins une de mes citations, ça me confirme que je ne serai pas originale cette année.

Malgré tout, il n'y a aucun autre mot phare qui peut être "le bon" pour moi en 2014.

2013 n'en a pas eu...
2012: Renouer 
2011: Simplicité
2010: Équilibre

Cette année, en 2014, je vais "lâcher prise".

Je dis souvent, un peu à la blague mais avec un fond de vérité, que je suis une "TOC" (trouble obsessif-compulsif) dans une famille de "TDA" (trouble déficitaire de l'attention).
Bien qu'une seule en soit diagnostiquée officiellement, j'ai de forts soupçons pour les deux autres. En plus, ce sont des gars, avec leur légendaire souci du détail et de la perfection! (hum!!)

Lâcher prise, dans ma vie de tous les jours, va s'appliquer sur plusieurs plans.

*Scolaire: je ne suis pas orthopédagogue, ni prof, ni orthophoniste, ni ergothérapeute, ni psy. Je suis une maman. Les devoirs, c'est la job de mes enfants. Ma job, les soutenir. La job de l'école? Les adapter, les ré-expliquer. Je soutiendrai mes enfants comme tous les autres parents et je lâcherai prise sur ce qui ne peut être fait. Je ne gâcherai pas ma relation et des moments positifs avec mes enfants. Je m'implique, mais je ne me sur-implique plus.

*Vie personnelle: Lâcher prise sur le ménage. Sur mes relations amicales qui me pèsent, pour certaines. Sur un horaire qui se veut surchargé, malgré ma décision de terminer à 13h tous les jours. Lâcher prise sur la réalité "handicap" de notre vie. Sur la réalité "maladie" de notre vie. Sur le lavage. Sur le désordre. Sur les menus. Sur les spéciaux. Je lâcherai prise sur ce qui était ma famille, avant celle-ci. J'ai apposé ma dernière signature sur les trucs suite au décès de mon père. Un dernier appel à ma soeur pour qu'elle fasse ses démarches (et ensuite, ça lui appartient..) et un envoi par courrier et je laisserai aller.

*Travail: Cette année se termine mes contrats. En août. 2014 risque donc d'être une année de changement d'emploi, à moins d'un miracle qui n'arrivera pas. Je lâche donc prise sur ce sur quoi je n'ai pas de contrôle, sur ce miracle que j'aimerais voir arriver. Je prends les choses en main et j'agis. Je trouverai un emploi qui correspond à ma réalité familiale et qui m'offrira de beaux défis. Et on verra ce qui arrivera.

En lâchant prise, j'accepte l'imperfection. J'ai toujours réussi à la tolérer, mais elle me gruge.
Je ne peux pas m'asseoir sur le divan pour lire le samedi après-midi si la vaisselle du dîner n'est pas faite. Je peux, mais je n'en profiterai pas. Mon cheminement m'amènera donc à mieux profiter des moments de qualité avec les gens (moi, ma famille, mes amis, ...) sans me soucier des "il faut".

J'espère, en lâchant prise, devenir aveugle face à l'imperfection, pour certains aspects de ma vie. Et pour ceux que je ne pourrai ignorer, me sentir zen face à leur existence.

En 2014, je lâche prise. Moi aussi.

14 novembre 2013

Quand Harry rencontre Sally... ou...

Quand l'autiste rencontre l'autiste.

Une fin d'après-midi banale.
Une partie de Wii qui s'éternise un peu, mais qui permet de se couper du monde autour, quelques instants. Se couper un peu plus qu'à l'habitude. Parce que cette bulle, elle est naturellement difficile à percer, par moments...

Et puis, le jeu cesse.
À ma demande.
Parce qu'on a de la visite, depuis déjà plusieurs minutes. Assise sur le divan, cette visite, près de l'autiste en plein jeu vidéo. C'est que c'est un privilège aux deux semaines, environ, de jouer à la Wii. Et que l'autiste en question y jouerait des heures, si on l'y laissait.

Le jeu est fermé.
Le silence règne. Presque.
Il circule un rire de malaise.

Parce que l'autiste a croisé un regard.
Parce que jusque là, elle avait fait comme si la visite n'était pas arrivée.
Mais la visite était là. À distance de bras. Prête à lui toucher.
Mais elle ne l'a pas fait. L'autiste non plus.

À travers une doudou, le contact s'installe.

-"Regarde comme elle est belle, ma doudou", lui dit-elle. (l'a-t-elle seulement prononcé tout haut ou si le silence a suffi?)
-"Oui, elle l'est. Je peux y toucher?"
-"Non. Ben oui. Mais attends que je la mette sur moi."
-"Ok."

(...)

-"Ok, là tu peux toucher."
-"Ici, sur ton pied? Ok... "

Mais un pied, ça s'arrête à la cheville, chère visite. Ne tente pas le mollet.

-"Non. Juste mon pied."
-"Ok."

Un malaise. Mais je me demande s'il vient de moi. S'il vient des vibrations extérieures.
En fait, je crois qu'il vient du tremblement des bulles.

Parce que voyez-vous, dans mon salon, il y avait deux bulles.
Et quand on voit deux bulles se bercer en cacophonie sur un divan, ça laisse parfois les spectateurs bouche bée.
Ces deux bulles sont solides. Elles se repoussent autant qu'elles s'attirent.
Ces deux bulles, elles font des pétillants quand elles se rencontrent.

Depuis la toute première fois, d'ailleurs.
Aurait-on dû se douter, à ce moment, que d'un côté comme de l'autre, la vie était la même?
On ne savait pas.
Et pourtant, par un jus de pomme et un bébé/poupée qu'on allaite, le courant a passé.

Elles parlent un autre langage. C'est facile se sentir de trop, quand elles discutent.
Une, grande, tente de converser. L'autre monologue plus souvent.
Malgré tout, elles se touchent. Et ça scintille.

Et je sais que ça part des trippes, en tous cas pour la petite bulle.
Comme la comparaison plate du Québécois que l'on croise au Mexique. On le reconnaît. Il a envie de nous jaser instinctivement.
Ces deux-là se reconnaissent. Se connaissent d'une autre vie.

Y'a de la folie entre les deux. Y'a beaucoup de mots, pas trop de ponctuation.
Y'a tout un monde où nous ne sommes pas invités.

Sur mon divan, cet après-midi là, il y avait ma fille. Et mon amie.
Quand l'autiste rencontre l'autiste.

*Je t'aime, mon amie toute spéciale. Dans toute ta splendeur, ta différence et pourtant, ton grand-pareil à ma vie de tous les jours. Merci.*

**Je ne parle pas de ma fille comme "l'autiste" en temps normal. Pour les besoins du billet, c'était plus percutant. Mais ne craignez rien, elle est tout plein de trucs, extraordinaires et plus ordinaires, en plus d'être atteinte d'autisme léger. Ce n'est pas "l'autiste" .. :)

8 novembre 2013

Bonne ou juste ordinaire?

Il y a des sujets bien à la mode, que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les revues, etc.

Il y en a des redondants, d'autres qui se métamorphosent avec le temps, certains indémodables.

Un qui revient, encore et encore, et sous toutes ses formes, c'est "c'est quoi être un bon parent?".

La question ne vous sera probablement jamais posée "te considères-tu comme une bonne mère?" et si elle l'était, la plupart répondrait sûrement "je pense que je suis pas pire, mais j'ai des défauts" ou "ouf, j'aimerais ça" ou encore "si je me fie à la broue que j'ai dans le toupet et les bêtises de mes enfants ainsi que le désordre de ma maison, je te dirais que je dois manquer quelque part"...

J'ai accroché, il y a quelques temps, sur une pub de Nutella, qui sous-entendait que le bon parent, qui tenait au développement intellectuel de son enfant, le nourrissait de bonnes choses le matin avant son départ pour l'école (aoutch!).
J'accroche souvent sur les publicités où on y voit une maman tout sourire, habillé de blanc et de crème, sous le chaud rayon du soleil, qui presse des oranges pour ses enfants qui déjeûnent habillés comme pour le réveillon et coiffés par une main experte, assis à la table, tout sourire, sans rien de travers.

Et que dire de la maison qui brille et dont la propriétaire (souvent féminine) n'en peut plus de toute cette saleté qu'elle fera disparaître en 12 secondes grâce à Monsieur Net (désolée, mon ménage ne prend pas 12 secondes et si ma maison ressemblait à la leur, je prendrais un thé sur le divan avec une revue plutôt que de nettoyer un comptoir propre...)

J'écoute l'émission "Les Parent" le lundi soir. Pas parce que je me reconnais nécessairement, ni parce que c'est le plus réaliste portrait de la famille québécoise, mais il reste que c'est presque le plus près d'une grande partie de familles québécoises. Personne ne roule sur l'or, le vin s'achète à la SAQ Dépôt en revenant de travailler, les sacs à dos sont "garrochés" dans l'entrée lorsque les enfants reviennent de l'école, la mère grogne parfois en parlant, le bordel s'installe dans tous les racoins et il y a des taches sur le four quand ils font de la sauce à spaghetti.

Ce n'est pas un bon "exemple" à suivre nécessairement, disent certains. Non, ce n'est pas bien de hausser le ton lorsqu'on s'adresse à ses enfants. Non, ce n'est pas bien de prendre un verre de vin en cuisinant du pâté chinois. Non, un ordinateur dans une chambre à coucher, des ados devant la télé et des traces de pâte à dents sur le miroir de la salle de bains, ça ne devrait pas être notre idéal à atteindre (entendu ou lu, oui oui!)

Mais cette émission, elle nous laisse être humains.

Ma maison ne resplendit pas et rien ne reluit quand il fait soleil, même qu'on voit encore mieux la petite poussière qui flotte à travers les rayons.
Je porte plus souvent des espadrilles et des pantoufles que des talons hauts.
Quand je reviens de l'épicerie, j'ai l'air d'un âne bien plus que j'ai de classe avec des sacs carrés qui se tiennent tout seuls.
Le repas a rarement 4 services.
Le linge est dans des paniers à linge bien plus souvent que dans un garde-robe.
Dans mon entrée, il y a plus de souliers que de pieds. Plus de manteaux et de gants orphelins que de décorations.

C'est ma réalité. Je ne manque pas de temps. Mais je choisis parfois mes combats (toujours, je vous l'avoue maintenant!). Je préfère drôlement jouer à un jeu de cartes avec les enfants en pyjama que de frotter la poêle du souper. J'aime mieux relaxer sur le divan en feuilletant des livres de recettes qu'en comptant le nombre de portions de chaque groupe alimentaire j'ai offert à mes enfants.

Je monte le ton. Parfois (souvent.)
Je ne suis pas toujours patiente.
Je mets mon linge dans la sécheuse pour le défripper quand je n'ai pas eu le courage de le plier.
Je ne lave pas mon plancher toutes les semaines.
J'oublie parfois de voir les traces de doigts (et de gueule de chiens) dans la porte-patio.
Le gazon est parfois trop long. La malle à linge sale trop pleine. Le lavabo débordant. Le comptoir inexistant. Le frigo désorganisé. Le garde-robe qui s'écroule.

Suis-je une bonne mère? MÊME si je ne corresponds pas aux standards qu'on me montre?
Oui.
Juste parce que je suis là et que je fais ce que j'ai à faire du mieux que je peux, même si ce n'est pas parfait.

Ça suffit la pression.
Allez, je tente de me convaincre.
Et je vais arrêter de compter les cubes de matière grise que j'aurais pu accumuler si j'avais été une meilleure mère.
Mes enfants ne manquent pas de moi, ni de stimulation intellectuelle, quoique tu en penses, Pierre Lavoie.
Par contre, dans mes combats, des fois... 15 minutes, fois 2 cubes, on était 4, ah non le plus jeune compte pas pour les autres, mais les autres comptent pour lui, puis fois 2 ou pas fois 2, non c'était pas des devoirs, merde je suis rendue à combien déjà... "maman... un ami dans ma classe en a ramassé 46!"...

Ben tant pis. Va écouter Génial. Et rappelle-toi que mardi en faisant le souper, on a aussi construit ton arbre généalogique. Et puis, je t'ai aimé et t'as manqué de rien, mardi. Ni mercredi, d'ailleurs.

Viens que je signe ton carnet.
Je t'aime. Ça fait combien de cubes, ça.... ?

**Si vous ne connaissez pas Pierre Lavoie ou les cubes dont je vous parle, c'est un projet scolaire. Le "Défi Aiguise ta matière grise" incite les enfants à faire des activités pour leur développement intellectuel, que ce soit un casse-tête, de la lecture, une invention, visiter un musée, construire une cabane, etc, en collaboration avec un adulte ou un enfant plus vieux. On compte les périodes de 15 minutes, on donne un cube par 15 minutes, on multiplie par le nombre de personnes, on additionne à la fin de la journée, puis de la semaine, puis du mois, puis toute l'école, puis y'a des prix. 
J'adore le concept.  Mais il est lourd, pour la majorité des familles, même si l'objectif est louable.

4 novembre 2013

À 2 mains.

C'est un nombre qui voulait dire beaucoup pour moi.
10. Deux mains complètes. La tienne et la mienne, ensemble. Après, je ne sais plus.

Dix ans, c'était un nombre de bougies important.
Parce que c'est un âge qui semblait si loin, alors que tu venais d'ouvrir les yeux sur la vie.
C'est un âge qui représentait le début de la pré-adolescence.
Un changement de décennie.
Une autre étape.

Dans ma tête, à 10 ans, tu serais si grande. Si vieille. Si déjà plus une enfant.

Pourtant...

Pourtant, tu n'as que 10 ans.
Tu aimes encore que je raconte des histoires.
Tu aimes jouer aux poupées, aux Barbies.
Tu joues au professeur avec ton petit frère ou avec des amis qui n'existent pas, mais qui te suivent partout dans la maison.
Tu aimes colorier, lire, écouter des films.
Tu aimes le vernis à ongle et tu jubiles quand, pour une occasion spéciale, je t'offre du brillant sur tes yeux.
Tu veux une chambre rose. Tu aimes mettre des collants avec une jupe.
Tu adores la musique.
Tu te blottis encore dans une doudou et des toutous pour dormir.
Tu aimes tout ce qui est à l'effigie des Monster High ou Hello Kitty.

Tu es tout ce que j'espérais avoir, comme grande fille de 10 ans.
Tu es tout ça, et même plus.

Tu es aussi celle qui prend plaisir à pédaler avec tes 4 roues, juste parce que tu sais à quel point tu as dû travailler fort pour y arriver.
Tu es aussi celle qui pleure, parce qu'elle a peur de grandir.
Tu es aussi celle qui n'apprécie pas les surprises et les changements de routine, mais qui sait me surprendre par un éclat de joie spontané.
Tu es celle qui ne sait pas comment coordonner tes émotions avec tes réactions physiques, mais qui sait serrer très fort lorsque tu demandes un câlin.
Tu es celle qui pleure et rit dans le même trente secondes, mais qui ne change d'idée qu'une fois tous les 5 ans!
Tu es multicolore, et parfois noire ou blanche, mais jamais grise.
Tu es lumineuse même lorsque dans le fond de tes yeux se cache une grande tristesse de ne pas avoir pu prendre le même train que les autres.
Tu cries dans les manèges à la Ronde, pas parce que tu as peur, mais parce que tu es vivante!

Tu es la plus travaillante et combattive des doudounes que je connaisse.
Tu es une perle, tu es précieuse, tu as tant à donner au monde qui t'entoure.
Tu es entourée de gens qui te tendent les bras, à toi d'y prendre la place qui te fait du bien.

Tu es pétillante, aussi prévisible qu'explosive.
Tu es vraie.

Tu as 10 ans. 10 ans que j'apprends à te connaître et pourtant, je te sens encore "prêtée".
Tu as 10 ans, tu as la vie devant toi encore, mais tu as aussi toute une vie derrière toi.
Tu as fait le chemin de centaines de combattants. Tu as écrabouillé des tabous, tu as défoncé des murs, tu as soulevé des nuages noirs, tu as soufflé sur ton destin plus d'une fois.

Tu es unique. Tu es vraie.
Tu es extraordinaire et je t'aime.

Bonne fête ma doudoune xx

12 août 2013

Gros hits!!

Ici, l'été, c'est la saison "on descend la pression"...
La saison où les petits plaisirs reprennent toute la place, où ma fille reprend doucement le dessus sur sa fatigue intense de l'année et où fiston redécouvre sa liberté, sa créativité, son énergie et du temps pour réaliser tout ce qu'il a en tête!!

Chaque année, il est décidé qu'aucun gros projet ne sera entrepris. Pas de voyage à long terme, pas de sorties qui ne finissent plus, pas d'activités épuisantes à répétition. Grâce à des tours de passe-passe, on peut aussi dire pas de camp de jour, ce qui, pour notre famille, est LA priorité estivale.

Voici les gros hits de notre été simple.

**Le fameux "mange ce que tu veux". 
Tu as faim? Tu t'installes et tu manges. Tu organises TON repas à ton goût, je ne commenterai pas ni n'ajouterai quelconque groupe alimentaire au repas que tu t'es fait.
Le frigo et le garde-manger te sont ouverts, tu es capable de te faire un repas de A à Z.
Maintenant, mes enfants me réclament ce moment de temps en temps (et moi, je dis rarement non à ne pas jouer à la cuisinière!)

**Le sans horaire social.
Aller chez des amis, sans savoir à quelle heure on en repartira. Virer à l'épicerie pour mieux coller pour le souper, ne plus partir après. Étirer la baignade, emprunter une paire de pantalons quand ça se rafraîchit, ne pas regarder l'heure et partir quand soit tout le monde est tanné, soit on bâille plus qu'on jase.

**Le bordel toléré.
Parce que des projets de bricos ou des jeux de Legos, ça se passe parfois sur plusieurs jours, eh bien ça traîne. Et puis, ce n'est pas SI grave. La chambre de ma fille est devenue la chambre commune depuis le 22 juin et elle abrite aussi une ville de Barbies, un champs de petites voitures et un igloo pour les toutous! Tant qu'on se rend au store pour l'ouvrir le matin... je suis aveugle jusqu'à la fin de l'été!

**Les idées un peu folles auxquelles on ne dit pas non.
Il pleut alors qu'on devait aller passer la soirée dans un parc pour voir un film en plein air? Ouin, pis?
On rentre les chaises longues qu'on installe dans le salon, on sort les doudous, le plat de chips, on se met en pyjama et on boit des petits jus en regardant un film à la maison !

**Les gâteries alimentaires.
On garde en stock pleins de petits trucs que les enfants aiment manger de temps en temps et qui sont disons moins permis pendant l'année scolaire (pour différentes raisons). Les sachets de petits biscuits, les barres tendres, les chips au maïs et les brownies du Costco sont très appréciés !!!

Bien sûr, un certain ordre et une certaine discipline doivent régner, entre autres parce que ma fille peut très mal réagir au "sans routine".
Je décrète parfois le dodo à 20h sans raison ou la journée "libre" pour qu'elle reprenne le dessus, sans insister pour qu'elle aille dehors même si le soleil brille...

Mais on vit une certaine liberté qui fait du bien à tout le monde. Les enfants décrochent et moi, je lâche prise.
Parce qui a dit qu'on DEVAIT manger à midi? Certainement pas toujours notre estomac!
Qui a dit qu'on devait absolument faire la vaisselle après le dîner? Parfois, la chaise longue et le roman sont bien plus attirants!! (et souvent, les enfants me suivent aussi avec un livre... )

Un bel été. Des bonheurs gratuits.



4 août 2013

Les petits bonheurs ne grandissent pas...

J'ai toujours misé sur les petits bonheurs chez moi.
Pas les bonheurs qui coûtent des gros sous... Ceux qui font plaisir et qui se font avec pratiquement rien.
Pas parce qu'on est pauvres, ni parce qu'on prône la simplicité volontaire.
Simplement parce que je sais qu'on peut apprendre beaucoup de cette façon de faire.

Je vois souvent des enfants, déçus, devant de grandes choses.
Des enfants qui en demandent encore plus, une fois l'activité finie, parce que le lendemain doit être aussi grandiose et le surlendemain aussi.
Des enfants qui ne savent plus apprécier les petites choses et qui en vieillissant, coûtent de plus en plus cher à combler aux parents qui sont de plus en plus à bout de souffle de jouer au G.O., de sortir les sous chaque fois que les enfants s'ennuient et qui n'en peuvent plus de trouver toujours plus grand, plus cool, plus loin, plus cher...

Mes enfants ne sont pas comme ça.
Quand je fais le bilan avec eux, par exemple des vacances de Noël, leurs meilleurs souvenirs sont souvent reliés aux gens qu'on a vu, aux petits plaisirs qu'on s'est accordé, aux bricolages qu'on a mis partout, bien plus qu'aux biens matériels... Ils se souviennent des recettes qu'on fait année après année et leur gros hit, le buffet du réveillon à 4, dans notre salon!!

Même constat avec l'été, avec les vacances.
Les petites choses les rendent grandement heureux.

Au début de l'été, je leur ai donné chacun une feuille et je leur ai dit d'écrire leurs "rêves de vacances".
Seule consigne? Ne pas écrire Walt Disney.

Je m'attendais à tout. Mais je m'attendais surtout à ce qu'ils m'ont ramené.

-Aller aux jeux d'eau
-Faire un pique-nique
-Se coucher tard
-Aller se baigner chez pleins d'amis
-Écouter des films dehors
-Faire du vélo
(...)

Pas grandiose, hein? Et c'est ce qu'ils désirent. On est le 4 août et déjà, ils me disent que leur été était VRAIMENT cool et à leur goût! Combien de sorties coûteuses on a fait? Zéro!

Oh, bien sûr, on est allés à la piscine municipale quelques fois (ça coûte 2$ par personne). On a fait des dizaines d'activités déjà et pourtant, mon porte-feuille ne crie pas famine et ma voiture n'a pas visité souvent la station-service.

Alors quand j'ai demandé à mes enfants...
"Si je vous dis... ne pensez pas au prix et dites-moi quelle grosse sortie vous adoreriez faire?"

Vous pensez que j'ai été surprise qu'ils me disent "aller dormir chez grand-maman" et "aller chez ma tante se baigner" ou encore "aller au parc en famille" ?

Au début oui. Mais à bien y penser, non. Leurs petits bonheurs ne grandissent pas. Eux oui.
Ils aiment encore ces petits plaisirs, ils savent apprécier les petites choses qui sont grandes dans leurs souvenirs et dans leur coeur.

Ils sont fous de joie lorsque je mets les chaises longues de la cour dans le salon, avec des doudous et qu'on écoute un film tard le soir, comme si on était au cinéma plein air qui a été annulé à cause de la pluie.
Ils sont excités quand je sors les sleeping bags dehors et qu'ils peuvent amener les jouets qu'ils veulent pour jouer sous les arbres.
Ils adorent aller se baigner chez des amis, même après le souper, même si l'eau est trop froide et que personne ne sait vraiment quelle heure il est.
Ils sont heureux lorsqu'on fait un feu dans la cour et qu'ils peuvent se mettre en pyjama pour le regarder.
Ils rigolent comme des fous quand je décrète qu'on peut bien jouer une partie de Monopoly à 21h, qu'on peut souper devant la télé, qu'on va passer la journée dans un festival et qu'il y aura des jeux gonflables et des animaux, qu'on arrête au Tim pour un café et qu'ils peuvent se prendre une limonade glacée ou un jus de pomme et une boîte de TimBits !!

Leurs bonheurs ne grandissent pas aussi vite qu'eux.
J'aime tellement voir encore leurs yeux briller devant tout ça...

14 juillet 2013

On n'entend pas...

Chez moi, cet été, on n'entend pas... (ou pratiquement jamais!)

*Dépêchez-vous, on va être en retard!

*Non, tu ne peux pas avoir encore de la salade.

*Il est midi, il faut dîner.

*Je sais que tu avais encore envie de jouer, mais c'est l'heure de (x-y-z).

*Je suis fatigué(e)...

*Je n'ai pas vraiment le temps de t'amener aux jeux d'eau le mardi. (ou autre)

*Je n'ai pas le temps de jouer, il faut faire le grand ménage.

*Vite, tu vas manquer l'autobus.

*Vite, je vais être en retard au travail.

*Non, un popsicle ce n'est pas une collation du matin.

*Un fruit, c'est suffisant.

*Tu n'as pas le temps de jouer dehors après le souper.

*Je sais que tu préfèrerais faire X chose, mais on ne peut pas.

*La vie, ce n'est pas juste jouer.

*20 minutes de baignade, c'est assez.

*Est-ce que ton sac pour la sortie du camp de jour est prêt?

*Comment s'appelle ta monitrice déjà?

*Je sais qu'il fait chaud dans le gymnase de la polyvalente en pleine canicule...

*On va faire des activités chaque jour.

*Que puis-je faire pour vous?

*J'ai besoin de vacances, c'est pas avec les enfants que c'est reposant.

*10 semaines de vacances, c'est trop long, ils vont s'ennuyer.

*Je sais pas quoi faire...



Ici, cet été, il y a beaucoup de jeux "à leur goût", il y a beaucoup d'improvisation, de temps qui s'allonge, de dîners oubliés, de commissions le pas au ralenti, de matins qui s'étirent jusqu'à 9h30-10h, de déjeuners sur le coin du comptoir, de couvertures sur le gazon, de miettes sous la table de patio, de sable dans mon entrée et de sueur dans les casques de vélo.

Il y a beaucoup de liberté, de "retrouve-toi et ce que TU as envie de faire", de questions, de temps libre o ù chacun fait ce que bon luit plaît.

Il y a beaucoup de livres lus, de films sous la doudou jusqu'à pas d'heure, de popcorn, de thé glacé (David's Tea pourrait commanditer mon été!!), de fruits et de gouttes de jus de fruits sur les vêtements, d'odeurs de crème solaire, de chlore et de Watkins, de pique-nique, de gazon entre les orteils et de jeux redécouverts.

Le temps passé au travail me semble long.. Je regarde les minutes avant de pouvoir rejoindre mes amours dans leur liberté et attend mes propres vacances, où je pourrai moi aussi me mettre sur cette "vitesse lente" 24 heures sur 24.
En attendant, il n'y a que mon cadran qui sonne trop tôt, 5 matins par semaine. Mais je me console, les autres se reposent et profitent de la vie.


11 avril 2013

Autisme, jour C pour... Compassion!

Un des traits de bien des autistes (TED, TSA, ...) est la "myopie sociale".

Ils sont bien centrés sur eux-mêmes, focusent sur leur propre monde et tant qu'ils ne comprennent pas que notre monde n'est pas comme le leur, les contacts avec "notre monde" sont maladroits.
Soient qu'ils sont appris par coeur ...
-Quand quelqu'un te dit "bonjour comment ça va?" tu peux répondre "bien merci, et vous?".

Bien que certains autistes seront moins rigides que d'autres, vous verrez parfois un enfant répondre "bien merci, et vous?" même à sa tante ou sa gardienne de 14 ans...

Soient qu'ils sont inadéquats.
À la même question "bonjour comment ça va?"...
-Ne pas répondre
-Chanter
-Rire trop fort
-Dire "je m'appelle Cloé et j'ai 4 ans"
-Passer un commentaire (ce ne sont pas des jugements, même s'ils ont 10 ans et disent "maman, la madame est grosse", ce n'est pas qu'on les a mal élevés... ils énoncent un "fait" qui s'appuie sur des observations. On en est désolés, le filtre ne s'installe pas aussi vite que pour les autres.
Son propre corps ne lui est parfois pas très connu, alors comment lui expliquer qu'être gros (ce qui pour eux n'est qu'un trait physique observable, comme les cheveux bruns, deux oreilles ou une canne pour marcher) peut faire de la peine. Gros est un adjectif, comme "grand", "petit", "belle" et désignent quelque chose qu'ils voient ... Comme s'ils disaient "la madame est debout".
etc...

Dans mon quotidien, j'ai réalisé très tôt qu'à travers cette myopie sociale, la compassion n'était pas inné. Pas chez ma fille, en tous cas. Comprendre la souffrance de l'autre implique de s'y arrêter, de décoder le non-verbal et de ressentir "par la bande" quelque chose qu'ils ne ressentent pas eux-mêmes.
Pourquoi je serais triste, je ne me sens pas triste, même si toi tu pleures.
Être à l'écoute de sa propre émotion est un bien grand mystère, alors imaginez si vous leur demandez d'être à l'écoute de la vôtre, non-palpable.

Très jeune, alors qu'on se préparait à quitter la maison pour l'heure du conte (que j'animais à la biblio) et que je me suis très violemment coincée un doigt dans la porte de la maison, elle s'est mise à crier après moi et pleurer.
Son émotion était forte, très intense et réelle. Elle était en colère parce que j'allais nous mettre en retard à une activité qui avait lieu à une heure précise. Impossible de comprendre qu'on était d'avance, qu'au pire l'heure du conte commencerait 2-3 minutes plus tard (impossible de commencer sans nous, c'est MOI l'Animatrice..)... Im-po-ssi-ble.
J'ai dû mettre de côté ma propre douleur physique (et psychologique, à ce moment), pour gérer une crise monstre. Pour gérer des larmes qui ne me témoignaient aucune compassion, même si mes yeux à moi en étaient remplis et que mon doigt saignait abondamment.

Il est arrivé des dizaines d'événements comme celui-ci.

Et croyez-moi, le manque de compassion, quand on est une maman seule pour le 3 à 8 du soir et qu'on est fiévreuse, la gorge en feu, tous les muscles en douleurs, tremblante et avec l'envie de pleurer en petite boule dans un coin tellement chaque pas est un supplice, c'est difficile.

Je SAIS que c'est son autisme. Ce n'est pas une sans coeur. Elle n'est pas capable de compassion.
Je vis, tous les jours, ce qu'on vit quand on est maman d'un nouveau-né sans ressource. Notre besoin passe TOUJOURS en deuxième, au risque de provoquer un raz-de-marée...
Et comme un nouveau-né, attendre ou tolérer l'incapacité ou l'indisponibilité d'un parent, ça s'apprend même pour elle. Mais elle a 9 ans et on en est loin.
La vie avec un nouveau-né de 9 ans, ça m'épuise souvent.

Derrière mon regard, sachez qu'on y trouve souvent des larmes, bien refoulées. J'ai presqu'appris à ne pas chercher la compassion. Mon besoin en deuxième, toujours.

On a bien essayé de m'offrir de l'aide. Mais maudit réflexe, j'ai refusé. Parce que je suis épuisée, mais c'est tout ce que je connais. Et que si j'ose vous en parler, ce ne sera pas pour que vous m'offriez votre compassion. Juste parce que des fois, ça déborde. Si vous me l'offrez, parfois, j'accepterai de me blottir dans vos bras et de me dire que la vie est bien injuste des fois, mais que c'est la mienne.
Et que j'aime ma fille plus que tout au monde.

(...)

9 avril 2013

Autisme, jour C.. pour "crise"

À travers son autisme, un des traits les plus frappants (ou en tous cas, un de ceux qui prend le plus de place dans notre vie et celle de ma fille) est sans aucun doute sa tendance à la crise.

Et à 9 ans, une crise n'en est pas une de bacon, comme à 2 ans, alors qu'on peut tout simplement les prendre par la main et les traîner dans un coin ou qui arrivent parce qu'on a dit non à une barre de chocolat près de la caisse de l'épicerie.

Ces crises, "normales", en sont d'affirmation de soi, d'opposition aussi parfois, de révolte contre la consigne qui ramène l'enfant à perdre le contrôle sur sa petite vie.
Ces crises sont parfois intenses, parfois répétées et font cheminer l'enfant, même si elles nous mettent en rogne et grugent notre patience.

Les crises liées à une condition, telle l'autisme, sont parfois toute autres.
Même si, en apparence, la réaction physique est la même.

Hurlements, cris, coups, piochage, pleurs, larmes, rage, claquement de portes, lancer de jouets ou autres, agressivité, auto-mutilation...

Ce qui différencie ces crises, dans notre cas?
Le fait que malgré ses 9 ans, il est impossible de comprendre exactement pourquoi elle fait une crise, pratiquement impossible de la calmer rapidement et aucun retour -ou presque- possible sur la raison et les solutions liées à ce comportement.

Ses crises sont viscérales, incontrôlables (en tous cas dans notre situation et pour l'instant, elles le sont).
Ses crises sont violentes et bruyantes et démontrent un grand désespoir.

Ce que je remarque?
Notre incompréhension de son monde et son incompréhension du nôtre, ça fait un gros "clash". Et bang, ça explose.

Pas parce qu'on a dit non à un bonbon avant le souper.
Mais parce qu'on n'a pas pu lui offrir la bonne assiette au déjeûner parce qu'elle était au lave-vaisselle, parce qu'elle est épuisée de sa journée à l'école et qu'on a prononcé le mot "devoirs", parce que son frère a tenté une approche douce pour jouer alors qu'elle croyait avoir clairement affirmé vouloir la paix, parce que papa a sorti le chien à sa place après le souper et que c'est SA responsabilité ou simplement parce qu'un changement de routine l'a mis hors de sa zone de confort.

Heureusement (sic!!) pour nous, ses crises se produisent pratiquement uniquement à la maison!
À l'école, ils en ont vu deux ou trois en presque 4 ans de parcours scolaire.
Belle moyenne (les chanceux!).

On a été questionnés par la psychologue scolaire (qui ne connaissait ni notre famille, ni même notre fille)... " Je n'arrive pas à saisir pourquoi elle ne fait aucune crise à l'école, mais autant à la maison?"

Ce qui, vous vous en doutez, laisse sans mot. Ou presque.
La pression sociale de l'école et/ou le fait qu'elle se sente aimée sans condition à la maison peut-il jouer?
La médication, efficace pendant les heures de classe mais pas au lever ni en fin de journée, peut-elle aider?

Ma fille est anxieuse. Elle s'arrache la peau des doigts et les ongles, jusqu'au sang, à longueur de journée.
Avant, c'était les cheveux. Avant ça, les lèvres. Parfois, elle se gratte sans arrêt.

Elle a l'air d'un ange. Elle cache une grande détresse qui la pousse à perdre la carte, parfois. À ne plus voir clair, à nous frapper, à hurler et à ne plus rien entendre.

Et quand la crise est finie et qu'on tente de revenir sur ce qui vient de se passer, elle trouve parfois à nous répondre "j'ai faim" ou "je peux jouer aux Barbies?"..
Nous entend-elle? La rejoint-on?

Je n'en sais rien. J'aimerais pouvoir passer quelques heures dans sa tête et voir le monde à travers ses yeux turquoise.
Probablement qu'à force de trop tenter de les amener à vivre convenablement dans "notre" univers, on crée de fortes réactions.

Et vous savez quoi? Ici, la seule personne qui est en train d'ouvrir une petite fenêtre dans son monde à elle, c'est son frère. Il est doué et il ne le sait même pas.