1 avril 2014

Poisson d'avril

Avril est le mois de l'autisme.

Le 2 avril, donc demain, c'est la journée internationale de l'autisme.
Pour cette occasion, nous vous invitons à vous habiller en bleu, pour soutenir la cause.
Parce que plus on en parle, moins ce sera tabou.

CNN a publié la semaine passée les résultats d'une étude qui démontre qu'un enfant sur 68 serait autiste, aux États-Unis.
http://www.cnn.com/2014/03/27/health/cdc-autism/

Avant longtemps, croyez-moi, vous connaîtrez tous quelqu'un qui est autiste ou qui a un enfant autiste.

D'ici là, informez-vous.
Autiste ne veut pas dire "rain man".

Vous connaissez ma fille, vous savez.
Vous la connaîtriez, vous ne sauriez pas si je ne vous l'avais pas dit.

Sur mon chandail bleu d'aujourd'hui, qui précède la journée où toute ma famille en portera un, ma fille voulait y mettre quelque chose.

"Ne bouge pas maman, je veux mettre quelque chose sur ton chandail. Mais je te dis pas c'est quoi".

(...)

"Maman, il est où le papier collant? Il faudrait que tu sois de dos par exemple... Je te dis pas pourquoi."

Je ne peux pas lui confier un secret d'importance.
Je ne peux pas organiser de surprise avec elle.

Elle déteste être surprise, mais elle aime bien le faire vivre aux autres.... À sa façon.

Parce qu'après tout, pour fêter le mois de l'autisme, il faut quand même commencer par ses classiques.

Joyeux Poisson d'Avril.
Et bon mois de l'autisme.

Profitez-en donc pour offrir votre oreille ou un coup de pouce à une famille qui vit avec l'autisme au quotidien. Croyez-moi... elles sont toutes fatiguées!


5 mars 2014

Le jour où je suis devenue cheap...

Par la force des choses et de nos choix, et parce que la vie nous réserve parfois de bien mauvaises surprises, je suis un jour devenue cheap.

Cheap, comme dans vraiment cheap.

Maintenant, la vie est plus douce avec nous. Nos choix ont changé (mais ils étaient nécessaires à ce moment-là de notre vie), la vie nous lance un peu moins de briques, on se réorganise...
On a encore des restrictions, par exemple, je ne travaille qu'à temps partiel (5h par jour, 5 jours par semaine) pour être présente auprès des enfants (et particulièrement ma grande qui en souffrirait grandement autrement..). Mais on a plus de "jeu".

Et malgré tout, je suis encore cheap.
Et je l'assume tellement bien.

Parce que maintenant, pour moi, être cheap, c'est dépenser intelligemment les dollars que je gagne et que mon conjoint gagne. J'aime mon travail, mais je considère tout de même que si je gaspille l'argent que j'y gagne, je serais aussi bien de gâter mon nombril en restant chez moi (je ne suis VRAIMENT pas une workaholic!!)

Je vous partage donc quelques trucs, mais je fais parfois exception pour certaines petites choses, parce qu'une petite douceur fait du bien au quotidien de la vie...

-JAMAIS je n'achète de viande pas en spécial, de céréales pas en spécial, de fromage pas en spécial, de gâteries pas en spécial... Il y a TOUJOURS d'autres alternatives. Et entre le poulet à 15$ le kilo et celui à 8,80$ le kilo, je sais qu'il y a des dollars qui restent dans mes poches.

-RAREMENT j'achète des fruits et légumes à plein prix. Ça m'arrive, parce que j'ai des enfants qui ont des goûts bien précis, parce que les crudités dans les lunchs doivent toujours être les mêmes pour une fillette autiste/rigide, mais encore là, il y a PRESQUE TOUJOURS une alternative, que ce soit dans le choix du légume, dans le format, ou dans le lieu où on décide de l'acheter.

-Dans l'optique épicerie, je ne fais JAMAIS une seule épicerie par semaine. J'arrête au moins à 2-3 endroits. J'ai de la chance, ça ne vient pas avec une dépense d'essence, elles sont toutes très près de mon travail et/ou sur mon chemin. Je fais ma liste le weekend, je connais mes prix et je choisis les places qui offrent le meilleur pour nous. (Je ne couponne pas... mais j'imagine qu'il y a du potentiel là... mais bon, je choisis mes batailles et celle-là, je ne la mène pas :)

-Pour les sorties, j'ai développé quelques trucs. On n'est pas des gros sorteux, mais comme en temps de relâche ou en vacances l'été, c'est bien de pouvoir en profiter un peu.
*Utiliser la carte CAA. (parce qu'avec 2 vieilles voitures, c'est un must à dépenser..) Elle permet d'avoir des rabais sur plusieurs activités.
*Utiliser les Air Miles. Mine de rien, parfois, ça donne un rabais intéressant, une entrée gratuite, un certificat pour se gâter.
*Profiter du métro gratuit. Pendant la relâche, les weekends aussi et à d'autres moments, le transport en commun à Montréal est gratuit pour les enfants de 11 ans et moins (5 enfants par adulte).  On se trouve un stationnement gratuit (dans l'est, je me stationne à la Place Versailles, près de la rue Sherbrooke. 5 minutes de marche, et on est au Métro!). En plus, les enfants aiment ça!! Et ça évite les frais de stationnement de bien des endroits qui coûtent déjà cher!!!
*Lorsqu'on a un diagnostic en main, plusieurs endroits offrent un billet de parent accompagnateur gratuit. Par exemple, hier, aller au Biodôme avec mes deux enfants ne m'a coûté que 15$.
*Profiter des tarifs spéciaux à des moments moins achalandés. Pendant une pédago mal placée, aller au cinéma ou dans une sortie qui charge moins cher (et est moins achalandée) que la fin de semaine. Les soirs sont parfois des moments avantageux pour certaines choses.
*Y aller avec des amis et profiter du tarif de groupe. Parfois, ça commence à 10 ou 15 personnes. Comme j'ai des amies avec 3 et 4 enfants, ça monte vite! (et c'est tellement plus le fun!!)
*Traîner son lunch quand c'est possible, sinon organiser les heures de sorties en fonction du entre-les-repas (parce que payer un berlingot de lait 3$ au Biodôme me fait redouter le prix que coûte 3 repas complets!!!)

-On peut trouver des jeux de société usagés à très bas prix dans plusieurs endroits qui se spécialisent là-dedans. Il y a une belle boutique à Ste-Thérèse, il y a aussi des librairies de livres usagés qui tiennent également des jeux. Les livres usagés sont également un must, surtout pour les adultes. Sinon, la bibliothèque publique est parfaite. On peut ici emprunter 20 documents pour 3 semaines, c'est amplement pour faire le tour. Encyclopédies, films, livres, romans, revues (je n'en achète plus maintenant et je les lis encore toutes..)

-Trouver une autre façon de combler nos dadas. Voici les miennes.
*Revues: je les emprunte à la bibliothèque. Au moins 20$ de plus dans mes poches par mois.
*Vêtements: je vais dans les entrepôts de mes magasins préférés. Je vais chez Winners. Je fais du troc avec mes amies qui sont tannées de leurs vêtements encore en bon état. Idem pour les enfants. Je vais au comptoir familial du village (excellent endroit pour des morceaux passe-partout pour la maison, une 2ème paire de salopettes au cas, un casque de vélo pour finir l'été, etc.)
*Jeux de société: les boutiques spécialisées en jeux usagés. Les ventes de garage. Le comptoir familial. Les liquidations de boîtes endommagées. Les échanges (parce que le jeu de mémoire Dora, un moment donné, toutes les familles se tannent... :)
*Livres: j'aime les avoir chez moi. Je me suis calmée et j'en achète BEAUCOUP moins, car ça prend de la place, mais c'est tout de même un grand bonheur que de les acheter pour moi. Alors je fais mi-chemin et je les achète usagés. Ventes de garage, comptoir familial, il y a aussi une petite tablette vente à 25 sous et 1$ à ma bibliothèque.
*Bulk Barn: la place pour mes petits dadas alimentaires. Ça me suffit souvent d'avoir une petite quantité d'un truc. Alors le vrac où je peux avoir exactement la quantité nécessaire et désirée, ça me plaît! (faire attention par contre.. difficile de calculer quand on fait juste remplir des sacs transparents!)
*Café: bien que j'Adore me payer un bon café de temps en temps, remplir ma tasse pour l'auto à la maison et le boire en route vers le travail me fait quand même économiser beaucoup d'argent et je peux me permettre un excellent café en grains fait à mon goût pour le tiers du prix du café régulier du Tim ! Aussi, profiter des promos de temps en temps.. comme le petit café gratuit chez McDo. Y aller pendant une semaine plutôt que d'arrêter au Tim nous met 10$ de plus dans nos poches pour autre chose quand même!!

-Le fameux vendredi "j'ai ma semaine dans le corps-ça me tente pas de cuisiner" ! Je lis beaucoup d'amies pour qui vendredi=resto. Mon côté cheap me dit non, même si moi aussi, le vendredi, j'ai envie de ne pas cuisiner (surtout que je suis seule toute la semaine pour les repas avec les enfants, donc je mérite bien un petit congé aussi..). Ma solution? Un souper touski (les restants) offert en buffet, ou une pizza congelée (ou autre repas tout prêt qui ne tue personne une fois de temps en temps...) Tant qu'à commander une pizza à 25-30$, ce n'est pas plus long de mettre celle que j'ai payé 3.99$ dans le four et attendre. Je pousse souvent ma luck et je sors des assiettes en carton (vous savez, les surplus des différentes fêtes de vos enfants que vous conservez... même si plus jamais vous ne referez une fête de Fraisinette ou de Tortues Ninja.... Tant qu'à finir par les jeter..... )

-Il y a tant de repas/trucs de bouffe qu'on pourrait faire nous-mêmes et qui sont tellement moins difficiles/longs qu'on le croit. Par exemple, la tartinade de tolu de mon amie Catherine. Bye bye, Fontaine Santé. Un bloc de tofu, une carotte, un demi-oignon, mayo, moutarde en poudre... Meilleur, moins cher :)

J'en ai sûrement une tonne d'autres...


31 décembre 2013

Ça fait 8 ans...

Déjà.

8 ans qu'à cette heure-ci, le téléphone sonnait.

Tu avais quitté. Tu nous laissais sans toi, pour toujours.

Maintenant, tu n'es plus toute seule, où que tu sois. C'est moi qui le suis.

Parce que je sais ce qu'est l'amour d'une mère, je sais que tu es encore quelque part. Impossible que tu m'aies abandonnée...

Mais ma vie n'est plus la même sans toi.
Même après 8 ans, mes souvenirs sont toujours teintés de larmes.
Et cette année, je ne partage pas mes larmes de départ avec papa. Il trouvait ce jour si difficile.
Je prendrai un verre à l'année qui se termine, et à la nouvelle année sans vous qui commencera.

Tu me manques maman. Tous les jours.

Ta pinotte. xx

30 décembre 2013

2014, mot phare

Il s'est imposé à moi, il y a quelques semaines...
Encore une fois, plus récemment, lorsque j'ai été interpelée par un statut Facebook qui demandait nos témoignages.
Puis, encore hier, devant moi, sans aucune subtilité.

Et puis, ce matin, je fais ma tournée de lectures sur le web et je tombe ici: Les (Z)imparfaites
En plus d'y voir au moins une de mes citations, ça me confirme que je ne serai pas originale cette année.

Malgré tout, il n'y a aucun autre mot phare qui peut être "le bon" pour moi en 2014.

2013 n'en a pas eu...
2012: Renouer 
2011: Simplicité
2010: Équilibre

Cette année, en 2014, je vais "lâcher prise".

Je dis souvent, un peu à la blague mais avec un fond de vérité, que je suis une "TOC" (trouble obsessif-compulsif) dans une famille de "TDA" (trouble déficitaire de l'attention).
Bien qu'une seule en soit diagnostiquée officiellement, j'ai de forts soupçons pour les deux autres. En plus, ce sont des gars, avec leur légendaire souci du détail et de la perfection! (hum!!)

Lâcher prise, dans ma vie de tous les jours, va s'appliquer sur plusieurs plans.

*Scolaire: je ne suis pas orthopédagogue, ni prof, ni orthophoniste, ni ergothérapeute, ni psy. Je suis une maman. Les devoirs, c'est la job de mes enfants. Ma job, les soutenir. La job de l'école? Les adapter, les ré-expliquer. Je soutiendrai mes enfants comme tous les autres parents et je lâcherai prise sur ce qui ne peut être fait. Je ne gâcherai pas ma relation et des moments positifs avec mes enfants. Je m'implique, mais je ne me sur-implique plus.

*Vie personnelle: Lâcher prise sur le ménage. Sur mes relations amicales qui me pèsent, pour certaines. Sur un horaire qui se veut surchargé, malgré ma décision de terminer à 13h tous les jours. Lâcher prise sur la réalité "handicap" de notre vie. Sur la réalité "maladie" de notre vie. Sur le lavage. Sur le désordre. Sur les menus. Sur les spéciaux. Je lâcherai prise sur ce qui était ma famille, avant celle-ci. J'ai apposé ma dernière signature sur les trucs suite au décès de mon père. Un dernier appel à ma soeur pour qu'elle fasse ses démarches (et ensuite, ça lui appartient..) et un envoi par courrier et je laisserai aller.

*Travail: Cette année se termine mes contrats. En août. 2014 risque donc d'être une année de changement d'emploi, à moins d'un miracle qui n'arrivera pas. Je lâche donc prise sur ce sur quoi je n'ai pas de contrôle, sur ce miracle que j'aimerais voir arriver. Je prends les choses en main et j'agis. Je trouverai un emploi qui correspond à ma réalité familiale et qui m'offrira de beaux défis. Et on verra ce qui arrivera.

En lâchant prise, j'accepte l'imperfection. J'ai toujours réussi à la tolérer, mais elle me gruge.
Je ne peux pas m'asseoir sur le divan pour lire le samedi après-midi si la vaisselle du dîner n'est pas faite. Je peux, mais je n'en profiterai pas. Mon cheminement m'amènera donc à mieux profiter des moments de qualité avec les gens (moi, ma famille, mes amis, ...) sans me soucier des "il faut".

J'espère, en lâchant prise, devenir aveugle face à l'imperfection, pour certains aspects de ma vie. Et pour ceux que je ne pourrai ignorer, me sentir zen face à leur existence.

En 2014, je lâche prise. Moi aussi.

13 décembre 2013

Verdict: coupable.

Impossible d'écouter ce que les autres ont à dire.
Je me raisonne. Ça n'aurait peut-être rien changé. Peut-être que si. Mais on ne peut pas savoir.
Je ne serai jamais condamné, parce qu'il n'y a pas de preuves.

Et pourtant, je me condamne moi-même.

Pourtant, je regrette.

Et en regrettant, je regrette de regretter.

Parce que sans elle, je ne serais pas ce que je suis aujourd'hui.
Parce que sans cette petite parcelle de ciel dans ma vie, je ne sais pas ce que ma vie aurait été dans les 10 dernières années.

Elle est, et sera toujours, ma magicienne.
Elle est celle qui change le noir en bleu et toutes les autres couleurs en rose.

Elle est ce que j'ai de plus précieux, tout en étant ce que j'ai de plus lourd.

Parce qu'il ne se passe pratiquement pas une journée sans que j'y pense.
Et si j'avais su que j'étais enceinte avant? Si je n'avais pas consommé ces verres de vin et ces drinks à un party de fête alors qu'elle grandissait dans mon ventre et que je ne le savais pas?
Et si... et si j'avais pris la décision fatale, de peur de payer pour mes erreurs inconscientes?

Je lui aurais certes épargné d'avoir une vie si difficile.
Je nous aurais épargné de vivre deuil par dessus deuil...
Mais je nous aurais aussi privé de la plus merveilleuse petite poussière d'étoile que je n'aie jamais rencontrée.

Ce serait mentir que de dire que je ne me suis jamais dit "j'aurais dû..."
Parce que je me sens coupable. Parce que personne ne me donnera jamais la réponse à ma question.
Personne ne me dira jamais si c'est de ma faute ou pas si ma fille est comme ça.

C'est peut-être mieux ainsi. S'il fallait que je le sois, coupable... Je ne vivrais pas bien avec cette réponse.

On ne me la donnera pas. Et je me répète que j'ai pris la bonne décision, parce qu'elle m'a permis de mettre au monde cette fantastique petite merveille aux yeux verts et aux boucles d'or.

Mais dans mon coeur de mère, la culpabilité y est pour toujours.
Je l'atténue avec des douceurs, avec des fiertés, avec tous les encouragements que l'on reçoit et avec chaque sourire qu'elle me donne, chaque baiser sincèrement donné et chaque "je t'aime", qu'ils soient écrits par sa petite main maladroite ou chuchoté dans mon oreille avec un câlin trop fort.

Je me sens malgré tout coupable. Parce qu'il y aura toujours une miette, quelque part dans mon cerveau et dans mon coeur, qui me dit que "et si j'avais su...", les choses auraient peut-être été différentes.

Après la dyspraxie, après le TDAH, après l'autisme, on se croyait bien parés à affronter la vie avec elle.
2013 nous amène encore sur un autre chemin.

Oui, c'est la même petite fille.
Mais laissez-moi pleurer celle qu'elle aurait dû être.
Laissez-moi crier l'injustice que tout tombe sur sa petite personne qui ne demandait qu'à vivre et être heureuse.
Laissez-moi me sentir écrasée par la lourdeur de sa vie et de mon inquiétude face à son avenir.

Laissez-moi pleurer de toutes les larmes de mon corps la petite fille de 10 ans que j'aurais dû avoir, mais que je n'ai pas.

Je l'attends. Impatiemment. Au retour de l'école...
Elle ne saura jamais pourquoi. Elle ne saura pas que mon câlin d'aujourd'hui ne sera pas comme les autres.
Aujourd'hui, je sais que c'est ma doudoune de 6 ans et demi que je serrerai dans mes bras, le plus fort que je peux, et jusqu'à ce qu'elle se détache.

C'est un câlin qui voudra tout dire.
Je t'aime.
Et je m'excuse.
Parce que si c'est la moindre miette de ma faute, je mettrai tout mon être à me faire pardonner jusqu'à la fin de mes jours...



28 novembre 2013

Je sais pourquoi...

Je sais maintenant pourquoi, mais je ne sais toujours pas comment..

Mais, je sais quand.

Je sais quand mon père est mort. Quand il a pris son dernier souffle, puis s'en est allé.
Je le sais, j'étais près de lui et je tenais sa main.
Je me suis demandé s'il était vraiment parti. Mais le souffle suivant n'est jamais venu.
Sa main était encore chaude. Son coeur ne battait plus.

J'ai assisté à sa mort, alors qu'il a si peu assisté à ma vie.

Puis, la mort a fait moins mal.
Parce que la mort est un événement. Ça arrive en un souffle. Un battement de coeur et puis c'est là.

Il est mort. Il le sera toujours.
La douleur du moment a semblé avoir passé.

Puis, les jours, les semaines, les mois se sont réinstallés entre lui et moi.

Il est mort une seconde fois en juillet (voir ici ) puis, encore une fois, le temps s'est réinstallé.

Puis, un rappel. Très froid, très inhumain.
Une voix dans ma tête. "Vous avez six mois à partir de la date du décès pour accepter ou refuser une succession, au-delà de quoi vous en êtes automatiquement responsable."

Mais je l'ai repoussée. La mort avait fait mal. Je ne voulais pas y penser.

De temps en temps, ici et là, j'ai sorti des papiers. Je me suis même lancée à faire un ou deux téléphones, ici et là. Puis j'ai tout refermé.
Il est mort, c'est tout.

J'ai repoussé, oublié, repoussé, angoissé, puis j'ai compris.
J'ai compris, parce que six mois, c'est lundi prochain.

Quand l'horloge a sonné dans ma tête, elle sonnait comme la mort.

Contrairement à ce que mon amoureux me disait, je n'avais pas réglé ça rapidement pour passer à autre chose.

J'ai laissé traîner. Parce que pendant ce temps, le temps existait encore, quelque chose me liait à lui, à sa mort. Et sa mort me faisait mal. Alors j'ai laissé sa mort de côté et j'ai vécu.

Jusqu'à aujourd'hui.
J'ai écouté la notaire. J'ai entendu mon nom. Son nom. Des dates. J'ai vu son visage, dans ma tête. Ses yeux pleins d'eau qui me disaient, de son lit d'hôpital "je ne voudrais tellement pas que tu aies des problèmes avec tout ça"...

Je sais pourquoi c'est si difficile. Et pourquoi ça a pris six mois avant que je ne règle sa mort.

Mon père n'était pas présent dans mon quotidien. Nous n'étions pas aussi proches que je l'étais de ma mère. Il m'aimait et j'ai toujours été chère à ses yeux, mais nos contacts "en personne" étaient rares. Quelques fois par année, avec un appel par semaine, parfois aux deux semaines.

Si je calcule ça, six mois, c'est environ 2 visites. Environ 18-20 appels.

Avec maman, ça représentait moins de trois semaines.
Avec papa, ça représente six mois.

Son absence dans ma vie est moins flagrante. Mais le vide s'étire. Et c'est comme si j'oubliais qu'il ne rappellera pas. Que ça ne me servira à rien de composer son numéro de téléphone mardi prochain, pour lui souhaiter bonne fête. Qu'il n'appellera pas dans 2 semaines pour me chanter "joyeux anniversaire" et me dire que le jour de ma naissance a été le plus beau jour de sa vie. Qu'il ne viendra pas regarder vivre ses petits-enfants, dans le temps des Fêtes. Qu'on ne parlera pas de maman, ensemble pendant de longues minutes, la veille du Jour de l'An, pour "célébrer" le jour de son départ de nos vies.

J'ai signé mon deuil, cet après-midi.
Et puis, j'ai constaté que tout ce qui me lie à lui, ce sont des souvenirs.
Pas tous heureux, mais c'était nous.

Je sais maintenant pourquoi j'ai attendu. Mais je ne sais toujours pas comment vivre l'absence.
Je pleure toujours celle de maman, bientôt huit ans plus tard.
Mais malgré tout, c'était réconfortant de la partager encore avec mon père, aussi.

Ce décembre me semble bien gris, avec son anniversaire, le mien, le temps des Fêtes et la mort de ma mère.

Mais vous savez la toute dernière chose qu'il m'a dit, quatre jours avant sa mort, tout juste avant de s'endormir après ma visite à l'hôpital.

"Moi aussi j't'aime."


14 novembre 2013

Quand Harry rencontre Sally... ou...

Quand l'autiste rencontre l'autiste.

Une fin d'après-midi banale.
Une partie de Wii qui s'éternise un peu, mais qui permet de se couper du monde autour, quelques instants. Se couper un peu plus qu'à l'habitude. Parce que cette bulle, elle est naturellement difficile à percer, par moments...

Et puis, le jeu cesse.
À ma demande.
Parce qu'on a de la visite, depuis déjà plusieurs minutes. Assise sur le divan, cette visite, près de l'autiste en plein jeu vidéo. C'est que c'est un privilège aux deux semaines, environ, de jouer à la Wii. Et que l'autiste en question y jouerait des heures, si on l'y laissait.

Le jeu est fermé.
Le silence règne. Presque.
Il circule un rire de malaise.

Parce que l'autiste a croisé un regard.
Parce que jusque là, elle avait fait comme si la visite n'était pas arrivée.
Mais la visite était là. À distance de bras. Prête à lui toucher.
Mais elle ne l'a pas fait. L'autiste non plus.

À travers une doudou, le contact s'installe.

-"Regarde comme elle est belle, ma doudou", lui dit-elle. (l'a-t-elle seulement prononcé tout haut ou si le silence a suffi?)
-"Oui, elle l'est. Je peux y toucher?"
-"Non. Ben oui. Mais attends que je la mette sur moi."
-"Ok."

(...)

-"Ok, là tu peux toucher."
-"Ici, sur ton pied? Ok... "

Mais un pied, ça s'arrête à la cheville, chère visite. Ne tente pas le mollet.

-"Non. Juste mon pied."
-"Ok."

Un malaise. Mais je me demande s'il vient de moi. S'il vient des vibrations extérieures.
En fait, je crois qu'il vient du tremblement des bulles.

Parce que voyez-vous, dans mon salon, il y avait deux bulles.
Et quand on voit deux bulles se bercer en cacophonie sur un divan, ça laisse parfois les spectateurs bouche bée.
Ces deux bulles sont solides. Elles se repoussent autant qu'elles s'attirent.
Ces deux bulles, elles font des pétillants quand elles se rencontrent.

Depuis la toute première fois, d'ailleurs.
Aurait-on dû se douter, à ce moment, que d'un côté comme de l'autre, la vie était la même?
On ne savait pas.
Et pourtant, par un jus de pomme et un bébé/poupée qu'on allaite, le courant a passé.

Elles parlent un autre langage. C'est facile se sentir de trop, quand elles discutent.
Une, grande, tente de converser. L'autre monologue plus souvent.
Malgré tout, elles se touchent. Et ça scintille.

Et je sais que ça part des trippes, en tous cas pour la petite bulle.
Comme la comparaison plate du Québécois que l'on croise au Mexique. On le reconnaît. Il a envie de nous jaser instinctivement.
Ces deux-là se reconnaissent. Se connaissent d'une autre vie.

Y'a de la folie entre les deux. Y'a beaucoup de mots, pas trop de ponctuation.
Y'a tout un monde où nous ne sommes pas invités.

Sur mon divan, cet après-midi là, il y avait ma fille. Et mon amie.
Quand l'autiste rencontre l'autiste.

*Je t'aime, mon amie toute spéciale. Dans toute ta splendeur, ta différence et pourtant, ton grand-pareil à ma vie de tous les jours. Merci.*

**Je ne parle pas de ma fille comme "l'autiste" en temps normal. Pour les besoins du billet, c'était plus percutant. Mais ne craignez rien, elle est tout plein de trucs, extraordinaires et plus ordinaires, en plus d'être atteinte d'autisme léger. Ce n'est pas "l'autiste" .. :)