10 février 2012

Sept lettres dans une valise.

Sept lettres.

Encore une fois, notre vie bascule.
Ce n'était pas suffisant de se sentir submergés par le plus pur et le plus grand amour au monde, il y a de cela 8 ans et 3 mois.
Ce n'était pas suffisant de plonger nos yeux dans le regard le plus brillant et profond qu'il nous ait été donné de voir.
Ce n'était pas suffisant de ne plus jamais prendre pour acquis notre présence sur cette Terre, notre rôle dans la société et l'impact que nous aurions sur nos prochains.

Notre vie bascule.
Sept lettres.

Malgré tout...

Tu es toujours celle qui a le regard turquoise des mers chaudes de si beaux pays.
Tu es toujours celle qui a le rire explosif et contagieux des gens profondément heureux.
Tu es toujours celle qui a les cheveux bouclés d'un petit ange.
Tu es toujours celle que j'aime le plus au monde. Tu es toujours celle-là.

Tu ne comprends pas très bien les émotions des gens.
Tu ne décodes pas le sarcasme, tu ne saisis pas le sens de la blague.
Tu trouves chinois tous ces double-sens, tout ce non-dit que les autres semblent deviner si facilement.
Tu ne sais pas lire le non-verbal des gens que tu côtoies.
Tu ne sais pas comment te faire apprécier des autres enfants, toi qui pourtant a tant à apporter.
Tu as envie d'aimer les mêmes jeux que tes pairs, mais tu préfères tout de même souvent la solitude de ta chambre, la lecture, la vie avec ton frère qui ne te juge pas, les jeux de rôles faits à ta façon et toujours pareils.
Tu voudrais grandir et faire ce que les grandes de ton âge font souvent, mais tu trouves souvent plus de réconfort dans le fait d'aligner tes petites voitures sur le même tapis.
Tu ris parfois lorsque ce n'est pas drôle.
Tu te sens parfois si en colère, sans savoir pourquoi, sans comprendre comment tu t'es rendue là.
Tu n'aimes pas la nouveauté, tu n'aimes pas les surprises, tu n'aimes pas les éclats sauf si c'est toi qui les a provoqués à ta façon unique.
Tu préfères rester à la maison, avec tes jeux connus et sécurisants, que de t'ouvrir sur d'autres intérêts à travers des sorties, des activités.
Tu n'aimes pas la spontanéité, tu préfères la routine.
Tu trouves difficile d'avoir des responsabilités, c'est déjà tellement de travail pour toi que de t'occuper de toi-même.
Tu fais des crises pour ce que nous, les adultes, considérons comme des pécadilles, mais qui pour toi, prennent toute la place.
Tu ne peux pas dormir si ta porte n'est pas bien placée ou si un livre semble en équilibre sur ton bureau.
Tu as brisé maintes et maintes choses, malgré ton âge avancé, parce que tu aimes jouer avec les boutons, les roulettes et les interrupteurs sans pouvoir te contrôler.
Tu as besoin d'aide au quotidien, encore, et tu le sais.

Tu as 8 ans et pourtant, tu n'es pas une petite fille de 8 ans comme les autres.
Tu es la même qu'hier, la même petite perfection que j'ai mis au monde il y a un peu plus de 8 ans. Celle à qui j'ai promis la lune et toutes les étoiles qui brillent, celle à qui j'ai fait la promesse de rendre sa vie belle et enrichissante.
Tu es la même petite perle, tu as la même naïveté dans ton regard, même si celui-ci se teinte doucement avec les épreuves et les murs qui se dressent devant toi.
Toi toute seule n'arrive pas à les bouger, ni même à les contourner.

Je suis encore là.
J'ai ajouté ces sept petites lettres dans notre valise de vie. Elle est lourde. On nous oblige pourtant à la porter 24h sur 24, avec toi. Pour l'instant, tu n'as pas la force de la promener seule. Elle est si pesante. Moi-même, je voudrais bien qu'on m'offre des roulettes pour m'aider, un bras fort pour la traîner avec moi quand je me sens faiblir.

C'est peut-être juste une valise de mots, mais elle est lourde de sens, lourde de vécu, lourde de conséquences.

Cette valise, c'est notre clé pour te comprendre un peu mieux. Avec les mots et les lettres, on la remplit aussi d'outils pour qu'ils t'accompagnent et te facilitent la vie.
J'y mets aussi des mots d'amour, des bisous et des câlins.

Je t'aime ma doudoune. À mes yeux, tu es parfaite. Même quand ils sont remplis de larmes et de douleurs.

Est-ce que quelqu'un pourrait prendre la clé du compartiment à lettres et la jeter très loin?
Je ne veux plus remplir ce compartiment. Il est assez lourd. Je garderai grand ouvert celui des outils et celui de l'amour. Mais l'autre, il a atteint le maximum. Je zippe la fermeture éclair. J'installe le cadenas. Je donne la clé.

Je viens d'y insérer le mot : "autisme".


22 commentaires:

karine a dit...

wow!!! j'adore...même s'il m'a fait verser des larmes...Bon courage,ne lâchez pas il y a des gens qui sont là pour ne jamais vous redonnez cette foutu clé et transporter avec vous cette valise

Anonyme a dit...

Tu es tellement bonne pour livrer tes émotions en lien avec ce que tu vis. Ta fille est chanceuse de t'avoir, Bianca

Claude-Anne a dit...

Ta fille a la meilleure maman du monde... Elle a eu une chance inouie de tomber sur toi. Bon courage à vous quatre xxx

Loreli a dit...

Merci à vous trois!!!
On a aussi une chance inouïe de l'avoir, Clau ;)

Anonyme a dit...

Ouf c'est touchant! Comme Claude-Anne a dit, ta fille a la meilleure maman du monde, elle est chanceuse de vous avoir choisi, ensemble vous allez former une belle équipe xxx

Papa et Maman de Maelle a dit...

Je suis sans mot, vous m'avez touché profondément. Merci pour ce beau partage. Vous faite découvrir le quotidien avec un enfant différent à beaucoup de gens. Peut-être qu'un jour, il y aura plus de gens prêt à être vos petites roulettes ou le bras pour vous donner un coup de main. Je vous le souhaite... et je me le souhaite.

Julie

Anonyme a dit...

J'ai été touchée par la beauté de ton texte, j'ai eu des sanglots et des larmes. À la lecture de l'évaluation de mon fils par l'orthophoniste, on peut lire qu'il y a effectivement une possibilité de TED ou autre syndrôme en raison d'un faible enregistrement. Donc, je te comprends et suis de tout coeur avec toi.

Josée a dit...

Ça m'a pris du temps à lire ton texte, je redoutais les larmes et la similitude de nos filles. J'aurais pu écrire ce texte tellement Mélina et Arianne ont un portrait semblable. La seule différence, c'est que ce mot ne fait pas encore parti de notre valise, il est en suspend mais comme une épine damoclès, on ne s'en sauvera probablement pas...

D'ici 3 semaines, nous devrions avoir le résultat des 12 hres d'évaluation passés à RDP.

Nos filles sont les plus belles et les plus parfaites à nos yeux, c'est ce que je retiens de ton magnifique texte xx

Marie a dit...

Tu écris extrêmement bien.
L'amour inconditionnel des parents est la plus belle chose au monde !
De nos jours, les enfants ont des diagnostiques, ont un certain soutient, ont une explication. Il y a quelques années, ces enfants étaient seulement trop différents pour être accepté par la société sans que l'on sache pourquoi. Je vous souhaite bon courage à toi et ta famille et l'amour que vous lui donnez fera une différence certaine. xx

Cora Chelté a dit...

C'est un très très beau texte... Ça transpire l'amour...

Bon courage à vous tous.

Kim a dit...

Il y a un bon moment que je te lis, en fait depuis ma recherche sur la dyspraxie alors que mon fils recevait ce diagnostic.

Ce nouveau diagnostic pour ta belle Mélina vient s'ajouter à sa petite valise déjà bien lourde. Mais elle t'a, toi, et elle a son petit frère et son papa pour l'aider à porter cette valise (tu as pris ton élan? au compte de 3, on jette la clé bien loin, d'accord?!!)

Toutes mes pensées sont avec vous. J'espère que ce nouveau mot dans la petite valise pourra vous permettre de vous outiller toujours plus efficacement pour aider Mélina.

Cindy a dit...

Je ne sais quoi te dire... je connais ta belle doudoune depuis qu'elle est toute petite et je sais que l'amour que j'ai toujours vu dans tes yeux pour elle sera ce qui t'aidera a transporter ta valise aussi loin que tu le pourras! Comme les autres l'ont dit, melina est terriblement chanceuse de vous avoir toi, mathieu et raphael! AVec un si bel entourage, elle pourra realiser de grande chose, pas facilement bien sur, mais elle le pourra! Je vous fait un calin et un bisous a tous les 4...

Loreli a dit...

merci, merci et merci encore.
vos commentaires sont précieux.

Maman Tupperware a dit...

sept lettres certes... Mais cinq encore plus importantes:
AMOUR. C'est ce que je retiens de votre texte. Mes pensées sont avec vous.
Michelle

La Belle a dit...

Si beau et si touchant à la fois :-) Tu es une maman vraiment merveilleuse, tout autant que ta fille. xxx

Francofun a dit...

Je suis là, tu sais.

Julie a dit...

Magnifique et si touchant!

Anonyme a dit...

Tu as le don avec les mots Lorelei...
Ton texte est sublime ...
Je te souhaite un porteur de valise très bientôt pour toi, pour elle ..
Continue d' écrire s.v.p

Sybella a dit...

C'est magnifique ce que tu as écrit. Elle en a de la chance ta "doudoune" d'avoir une maman comme toi . xx

Solène a dit...

Des mots d'une puissance infinie. Merci d'avoir pu les mettre sur papier pour soulager la douleur d'autres parents d'enfants différents.

denisegirardsoupir a dit...

Ma fille a 22 ans et est autiste également. Je crois que l'on ne peut faire autrement que les aimer plus fort que tout. Je vous souhaite tellement de recevoir le plus d'aide possible maintenant et lorsqu'elle terminera l'école. Il y a tellement de terrain à défricher encore. Je vais essayer de revenir faire un tour sur votre blogue de temps en temps vos mots sont très justes, des mots du coeur. Denise

nayeli marroquin a dit...

Sans mots!! Je suis maman d'un garçon autiste et avec hypothèse de dyspraxie également ... J'ai versé une larme, merci!