8 novembre 2013

Bonne ou juste ordinaire?

Il y a des sujets bien à la mode, que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les revues, etc.

Il y en a des redondants, d'autres qui se métamorphosent avec le temps, certains indémodables.

Un qui revient, encore et encore, et sous toutes ses formes, c'est "c'est quoi être un bon parent?".

La question ne vous sera probablement jamais posée "te considères-tu comme une bonne mère?" et si elle l'était, la plupart répondrait sûrement "je pense que je suis pas pire, mais j'ai des défauts" ou "ouf, j'aimerais ça" ou encore "si je me fie à la broue que j'ai dans le toupet et les bêtises de mes enfants ainsi que le désordre de ma maison, je te dirais que je dois manquer quelque part"...

J'ai accroché, il y a quelques temps, sur une pub de Nutella, qui sous-entendait que le bon parent, qui tenait au développement intellectuel de son enfant, le nourrissait de bonnes choses le matin avant son départ pour l'école (aoutch!).
J'accroche souvent sur les publicités où on y voit une maman tout sourire, habillé de blanc et de crème, sous le chaud rayon du soleil, qui presse des oranges pour ses enfants qui déjeûnent habillés comme pour le réveillon et coiffés par une main experte, assis à la table, tout sourire, sans rien de travers.

Et que dire de la maison qui brille et dont la propriétaire (souvent féminine) n'en peut plus de toute cette saleté qu'elle fera disparaître en 12 secondes grâce à Monsieur Net (désolée, mon ménage ne prend pas 12 secondes et si ma maison ressemblait à la leur, je prendrais un thé sur le divan avec une revue plutôt que de nettoyer un comptoir propre...)

J'écoute l'émission "Les Parent" le lundi soir. Pas parce que je me reconnais nécessairement, ni parce que c'est le plus réaliste portrait de la famille québécoise, mais il reste que c'est presque le plus près d'une grande partie de familles québécoises. Personne ne roule sur l'or, le vin s'achète à la SAQ Dépôt en revenant de travailler, les sacs à dos sont "garrochés" dans l'entrée lorsque les enfants reviennent de l'école, la mère grogne parfois en parlant, le bordel s'installe dans tous les racoins et il y a des taches sur le four quand ils font de la sauce à spaghetti.

Ce n'est pas un bon "exemple" à suivre nécessairement, disent certains. Non, ce n'est pas bien de hausser le ton lorsqu'on s'adresse à ses enfants. Non, ce n'est pas bien de prendre un verre de vin en cuisinant du pâté chinois. Non, un ordinateur dans une chambre à coucher, des ados devant la télé et des traces de pâte à dents sur le miroir de la salle de bains, ça ne devrait pas être notre idéal à atteindre (entendu ou lu, oui oui!)

Mais cette émission, elle nous laisse être humains.

Ma maison ne resplendit pas et rien ne reluit quand il fait soleil, même qu'on voit encore mieux la petite poussière qui flotte à travers les rayons.
Je porte plus souvent des espadrilles et des pantoufles que des talons hauts.
Quand je reviens de l'épicerie, j'ai l'air d'un âne bien plus que j'ai de classe avec des sacs carrés qui se tiennent tout seuls.
Le repas a rarement 4 services.
Le linge est dans des paniers à linge bien plus souvent que dans un garde-robe.
Dans mon entrée, il y a plus de souliers que de pieds. Plus de manteaux et de gants orphelins que de décorations.

C'est ma réalité. Je ne manque pas de temps. Mais je choisis parfois mes combats (toujours, je vous l'avoue maintenant!). Je préfère drôlement jouer à un jeu de cartes avec les enfants en pyjama que de frotter la poêle du souper. J'aime mieux relaxer sur le divan en feuilletant des livres de recettes qu'en comptant le nombre de portions de chaque groupe alimentaire j'ai offert à mes enfants.

Je monte le ton. Parfois (souvent.)
Je ne suis pas toujours patiente.
Je mets mon linge dans la sécheuse pour le défripper quand je n'ai pas eu le courage de le plier.
Je ne lave pas mon plancher toutes les semaines.
J'oublie parfois de voir les traces de doigts (et de gueule de chiens) dans la porte-patio.
Le gazon est parfois trop long. La malle à linge sale trop pleine. Le lavabo débordant. Le comptoir inexistant. Le frigo désorganisé. Le garde-robe qui s'écroule.

Suis-je une bonne mère? MÊME si je ne corresponds pas aux standards qu'on me montre?
Oui.
Juste parce que je suis là et que je fais ce que j'ai à faire du mieux que je peux, même si ce n'est pas parfait.

Ça suffit la pression.
Allez, je tente de me convaincre.
Et je vais arrêter de compter les cubes de matière grise que j'aurais pu accumuler si j'avais été une meilleure mère.
Mes enfants ne manquent pas de moi, ni de stimulation intellectuelle, quoique tu en penses, Pierre Lavoie.
Par contre, dans mes combats, des fois... 15 minutes, fois 2 cubes, on était 4, ah non le plus jeune compte pas pour les autres, mais les autres comptent pour lui, puis fois 2 ou pas fois 2, non c'était pas des devoirs, merde je suis rendue à combien déjà... "maman... un ami dans ma classe en a ramassé 46!"...

Ben tant pis. Va écouter Génial. Et rappelle-toi que mardi en faisant le souper, on a aussi construit ton arbre généalogique. Et puis, je t'ai aimé et t'as manqué de rien, mardi. Ni mercredi, d'ailleurs.

Viens que je signe ton carnet.
Je t'aime. Ça fait combien de cubes, ça.... ?

**Si vous ne connaissez pas Pierre Lavoie ou les cubes dont je vous parle, c'est un projet scolaire. Le "Défi Aiguise ta matière grise" incite les enfants à faire des activités pour leur développement intellectuel, que ce soit un casse-tête, de la lecture, une invention, visiter un musée, construire une cabane, etc, en collaboration avec un adulte ou un enfant plus vieux. On compte les périodes de 15 minutes, on donne un cube par 15 minutes, on multiplie par le nombre de personnes, on additionne à la fin de la journée, puis de la semaine, puis du mois, puis toute l'école, puis y'a des prix. 
J'adore le concept.  Mais il est lourd, pour la majorité des familles, même si l'objectif est louable.

4 commentaires:

Marie Allard a dit...

Bonjour! Je prépare un article sur Aiguise ta matière grise, je cherche l'avis de parents. Pourriez-vous me contacter? mallard@lapresse.ca ou 514 285-7000 poste 4823.
Merci,
Marie Allard
La Presse

Anonyme a dit...

Bravo pour votre article!
Je me sentais "nounoune" quand je critiquais le carnet devant des pairs, mais je suis bien contente de lire que je ne suis pas la seule à ressentir cette pression supplémentaire.
Jeanne Cavanagh

Anonyme a dit...

Félicitations bon billet ! J'adore l'idée des cubes de matière grise et les cubes d'énergie. Mais j'avoue que la pression est grande surtout quand d'autres enfants font du vélo 1 fois par année avec toute la famille pour que chaque enfant ait 100 cubes en une journée, on est loin de l'objectif initial!

Loreli Berthiaume a dit...

Merci de votre commentaire et votre lecture :)